Rossina BOSSIO

Web-Culture Rossina Bossio

Jeune artiste Colombienne née à Bogota, où elle a suivi des études d’Arts Visuels à l’Université Javeriana. Elle habite et travaille à Rennes, en France. Son œuvre, principalement composée de peintures, de photographies et de dessins, a été présentée dans plusieurs expositions individuelles et collectives.
Il se dégage de son travail une maturité palpable, aussi bien en peinture qu’en photo.
Ainsi, Rossina BOSSIO n’hésite pas à explorer ses peurs intérieures, à rejouer sa propre histoire afin de reconstruire son monde à travers une multitude de portraits. Ambiguïté, doute et contradiction, comme elle nous l’a fait remarquer, sont les mots décrivant le mieux l’ensemble de son travail.

Je trouve toujours intéressant de savoir ce qui pousse une personne à faire des d’études d’art. Certaines suivent une sorte de « tradition familiale », d’autres sentent un besoin d’expression passant par ce genre d’étude… Dans ton cas, quel fût l’élément déclencheur ?

Déjà petite, je ressentais ce besoin « d’expression », qui m’a toujours poussée à m’impliquer dans toutes sortes d’activités artistiques. Mon désir de faire de l’art est devenu quelque chose d’irrépressible suite à l’opposition de mon père. Il voulait que je poursuive une carrière « plus sérieuse », me donnant une sécurité économique. Mais, bien qu’ayant testé d’autres chemins, très vite, je me suis rendue à l’évidence : mon truc, c’était l’art !

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Penses-tu poursuivre le même chemin artistique depuis que tu es en France ? Ressens-tu une différence de regard sur ton travail par rapport à ton pays d’origine ?

Pour créer, je fais toujours appel à mon passé. J’ai grandi dans une atmosphère religieuse et conservatrice, et le fait d’être loin de ce type de constriction a insufflé une grande libération expressive à mon travail. L’éloignement géographique est aussi un éloignement psychologique où les souvenirs et l’individualité se vivent plus intensément. Cela explique pourquoi mes créations ont progressivement pris un aspect plus cru et direct. En bref, je dirais que mon travail a beaucoup changé depuis que je suis en France.

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L’ensemble de ton travail est plutôt riche, entre dessin, peinture et photographie. Quel fût le premier support que tu as utilisé pour t’exprimer ?

Mon premier médium a été le dessin. Très jeune, j’y ai trouvé un monde parallèle me donnant une possibilité de liberté et je n’ai plus jamais arrêté de le pratiquer depuis. Aujourd’hui le dessin reste une sorte de journal où j’exprime et analyse mes obsessions, mes désirs, mes peurs quotidiennes.
J’ai eu des cours de peinture pour la première fois à l’Université en 2006 : théorie de la couleur et d’autres choses très techniques. Même si, au début, c’était extrêmement frustrant – me sachant très impatiente, ma formation précédente en dessin m’a permise de saisir une méthode basique, puis d’aborder la peinture avec davantage de liberté. Après, j’ai suivi d’autres cours desquels j’absorbais ce qui me servait et rejetais le reste. Je garde toujours en tête les conseils de certains artistes et professeurs dont l’opinion m’importe beaucoup.

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Certaines de tes peintures me font penser à Balthus, mais on y trouve également diverses sources d’influence. Quels sont les principaux artistes qui t’ont marqués ?

Effectivement, Balthus est l’un des artistes qui m’ont le plus marqués. Il y a également Jenny Saville, Francis Bacon, Lucian Freud, Egon Schiele et Edgar Degas.
Dernièrement, j’ai beaucoup observé le travail de Marlene Dumas, Alex Kanevsky, Chloe Piene et Lena Cronqvist, ainsi que de jeunes peintres figuratifs tels que Marc Ryden et Barnaby Whitfield. En ce qui concerne la photographie, j’apprécie énormément les travaux de Janieta Eyre, Joel-Peter Witkin ; et des photographes de mode comme Steven Klein. Une autre influence significative très récente est la Peinture Neo-Grenadine, c’est-à-dire la peinture de la Colombie des XVIIème et XVIIIème siècles.

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On trouve dans tes peintures essentiellement du portrait ou des scènes de vie… Qu’est-ce qui détermine ce choix et comment définis-tu ce que tu vas peindre ?

Lors de mes premières approches de la peinture, j’étais très attirée par le visage humain et par le portrait peint. Je voulais revendiquer ce dernier, considéré par la plupart de mes enseignants comme un simple exercice technique. De plus, j’en avais assez des « manières » liées à l’art conceptuel, j’ai donc réalisé quantité de portraits !
À présent, cela a changé. Si je veux peindre les traits d’une personne, c’est uniquement parce qu’ils me renvoient à mes souvenirs. Tout ce qui m’intéresse en ce moment est d’ordre personnel.
Afin de définir ce que je veux peindre, je choisis les images les plus fortes présentes dans mon esprit : celles qui ne me laissent pas tranquille jusqu’à ce que je trouve la clef.

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Il y a aussi tous ces visages peints (série Drill) qui renvoient une forme de mélancolie. Est-ce qu’ici la peinture est un exutoire pour toi ?

Effectivement, l’art en général est la seule façon dont je peux encadrer le chaos niché dans mon esprit et donner forme à mes idées, sans craindre d’être contradictoire, et sans forcement arriver à des affirmations absolues. C’est, par ailleurs, la seule manière de communiquer toutes ces choses que je ne pourrais transmettre autrement.

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Est-ce que le dessin est une première approche pour préparer tes peintures ou fais-tu vraiment la différence entre ces deux pratiques afin de consacrer réellement une place à ce dernier dans ton œuvre artistique ?

Je les vois et les conçois séparément. Pour peindre, je vais directement à la toile. Parfois, je fais une petite ébauche dans un carnet pour clarifier une idée ou juste pour ne pas l’oublier. À côté de cela, je fais des dessins qui fonctionnent indépendamment de la peinture.

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La photographie t’accompagne t-elle aussi depuis toujours ? Est-elle complémentaire de tes peintures ou représente t-elle l’évolution de celle-ci ?

La photographie, je l’ai touchée avant la peinture. Lors de mes premiers cours à l’université, l’on me demandait de prendre des photos dans la rue. C’était affreux ! À partir d’un certain moment, j’ai compris que je n’étais pas très douée pour capturer des « instants décisifs » mais que j’avais besoin de planifier mes photos, de mettre en scène mes idées. Un peu comme dans la peinture.
Les deux pratiques sont complémentaires et ont la même importance dans ma démarche artistique, même si elles se sont développées de façon indépendantes.

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Tu as fait le choix de l’autoportrait, que ce soit en photo ou en peinture, est-ce pour se donner à voir et justement montrer ce que l’on souhaite exprimer de manière poétique ?

Mon travail est notamment auto-référentiel, donc tout ce que je fais peut être considéré comme de « l’autoportrait », même si je ne suis pas toujours le modèle.
Or, lorsque je le suis, il s’agît dans la plupart des cas d’une auto-fiction, plutôt que d’une expression poétique de moi-même. C’est mon propre théâtre : je crée le scénario, je me déguise et joue le rôle que j’ai choisi.

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Est-ce que tu mixes la peinture et la photographie ? Est-ce que le croisement de ces deux pratiques est envisageable ?

J’ai pensé à la possibilité de mélanger ces deux pratiques mais pour le moment je n’ai rien de prévu là-dessus. À un moment donné j’ai réfléchi à la possibilité de ne me concentrer que sur un des deux mediums, mais je n’y arrive pas : je les trouve autant importants et nécessaires l’un que l’autre. Pour moi, la démarche de création est plus évidente et les effets qu’une photo produit sur le spectateur, plus immédiats. Or, la peinture exige plus de temps, tant pour être créée que pour être appréciée. J’ai besoin de changer occasionnellement entre la promptitude de la photo et le délai nécessaire à l’appréhension de la peinture. La peinture a pour moi une histoire plus profonde, parce qu’elle endure de nombreuses étapes et comporte plusieurs couches. Par contre, dans la photo, il y a quelque chose d’aléatoire et de plus bref que je trouve aussi très gratifiant. Ce sont justement ces qualités de la photo qui m’apprennent à faire confiance aux gestes rapides et aux hasards qui peuvent apparaître dans la peinture.

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Peux-tu nous parler de tes projets : Dialogue with the Radio et In her Own Image ?

« Dialogue With The Radio » est un projet interactif sur Internet qui invite les internautes à discuter autour de mon travail. Il a commencé l’année dernière sur Flickr, la populaire plateforme d’échange d’images. Mais pour le moment le projet est en stand by car j’ai été censurée par l’administration du site – suite au téléchargement d’images incluant de la nudité. Actuellement je travaille sur mon site web afin d’avoir un lieu où je puisse dire et faire ce que je veux sans problème.
« In Her Own Image » est la deuxième publication du FSPASG (Female Self-portrait Artists’ Support Group, fonctionnant avec Flickr aussi). Il s’agit d’un livre qui comporte une collection d’autoportraits faits par des femmes photographes du monde entier. Il sera bientôt en vente sur Blurb.com.

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www.rossinabossio.com
www.flickr.com/rossinabossio

Interview André Sanchez

3 Comment

  1. […] I was interviewed for a Parisian Culture&Arts blog. For those who don’t read French, I’ll try to find the time to translate it, but you can still have a look and enjoy some new photos I’ve done :] here it is. […]

  2. IJacqueline says: Répondre

    Bravo Rossina. C’ est magnifique.

  3. Bravo. Très beau travail entre lumière et obsurité, douleurs et douceur. Tu as un très beau style de peinture…

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