Natasha Gudermane

Web-Culture Natasha Gudermane

Roland Barthes a dit : « la Photographie est subversive, non lorsqu’elle effraie, révulse ou même stigmatise, mais lorsqu’elle est pensive ».
Les photos de Natasha Gudermane sont en quelque sorte une mise en application de cette phrase. Des représentations qui mettent en jeu une exploitation des ressources esthétiques pour diversifier les effets sur le destinataire, mais surtout des images qui nous absorbent, où la mise en forme du message est plus influente que l’aspect visuel. Des photographies qui parlent, des photographies sincères.

Qu’as-tu personnellement découvert en devenant photographe ?
Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

La photographie m’a rendue attentive aux détails et très observatrice. Mais peut-être que ce n’est pas la conséquence mais la raison d’être photographe ?

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Comment s’impose le choix des histoires que tu veux raconter à travers tes séries
de photos ? D’ailleurs pourquoi cela passe par des séries plutôt qu’une photo unique ?

Anna Akhmatova (une grande poétesse russe) disait : « Si vous saviez de quels déchets poussent les poèmes ». C’est un peu la même chose avec les photographies. Les images naissent comme des poèmes et comme des rêves de la poussière du quotidien, des expériences, des émotions et des pensées de tous les jours.
Au début, je ne travaillais jamais en terme de séries. Par exemple, mes galeries « Northern tales » ou « Scream » ne sont pas des projets. Ce sont des séries composées de photos qui étaient faites dans le même moment de ma vie, et qui se ressemblaient dans l’humeur et le thème. Personnellement, je trouve que cette façon de travailler est la plus sincère et authentique, car c’est la plus immédiate.
La nécessité de présenter les photos dans une forme de projet est dictée par le marché. Une série est un produit, alors que des photos variées, qui ne sont pas unies par une ligne esthétique ou un sujet, ne servent à rien aux yeux d’un éditeur ou d’un galeriste. Cela m’irritait au début, mais finalement j’ai trouvé un certain plaisir dans cette façon de travailler qui impose une discipline et une réflexion profonde sur le sujet.
Je le vois comme un défi maintenant et j’aime ça.

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J’ai récemment vu ta série de femmes nues, peux-tu me parler de cette série ?
Qu’as-tu voulu exprimer et penses-tu avoir réussi ?

C’est mon nouveau projet sur les parisiennes photographiées nues chez elles. C’est mon regard d’une étrangère sur les françaises. Dans cette série je pose des questions plutôt que faire des affirmations. Comment sont les vrais parisiennes ? Comment vivent-elles ? Comment assument-elles leur apparence et leur corps ? Quand je venais d’arriver à Paris, j’avais un certain stéréotype de la Parisienne dans ma tête, et j’étais étonnée de voir comment ce stéréotype correspondait si peu à la réalité. Au début, ma relation avec les françaises était assez compliquée, je ressentais de la distance et un écart entre nous. J’ai commencé mon projet en espérant m’approcher de ces femmes et mieux comprendre ce qui ce cache derrière leur apparence et leur comportement en public. En déshabillant une fille devant mon appareil photo, je la mets dans une situation fragile et c’est là que tout ce qui est vrai en elle sort. C’est assez magique.

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Pourquoi le nu ?

En laissant de côté tout ce qui est superflu, les masques, les codes sociaux et en partageant son territoire intime, la personne laisse sortir sa vulnérabilité. Or, c’est très beau la vulnérabilité.

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Ce travail réalisé sur ces femmes nues et cette vulnérabilité dont tu parles, est-ce également une mise à nu de tes propres émotions ? Pourrais-ton dire que tu deviens « voyeuse » de celle-ci et non pas « exhibitionniste » ?

J’ai souvent l’impression que c’est moi que je déshabille quand je fais les photos. Je vois dans ce strip-tease d’âme le sens même de toute la création.

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Finalement penses-tu vouloir montrer ta vision de la réalité ?

Bien sûr. Je pense même que je crée ma propre réalité chaque fois que je crée une image.

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Qu’est ce qui anime ton désir de photographier ? La photographie est-elle un acte sexuel ?

Quand on regarde la scène de la session photos du film « Blow-up » d’Antonioni, on voit clairement la photographie comme un acte sexuel… l’excitation, la tension, la pénétration dans le territoire intime de l’autre, le voyeurisme, l’exhibitionnisme, la sublimation et surtout le plaisir et l’exaltation… Mais à part tout ça, il y a un autre point commun très important entre la
photographie et le sexe – c’est une envie instinctive d’affirmer la vie et de
combattre la mort. Rester en vie à travers des photos, préserver pour toujours les instants éphémères et se multiplier dans des nouvelles images que tu apporte au monde. La photographie devient une espèce de pro-création.

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Où est la place de l’homme dans tes photos ?

L’homme dans mes photos, c’est une bête fantastique que je ne cesse d’étudier et qui ne cesse de m’étonner.

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Quels vont être tes prochains sujets de travail ?

Il y a 2 ans, un éditeur m’a demandé de faire une série d’autoportraits. J’ai refusé cette idée radicalement. Aujourd’hui je me sens prête à affronter ma propre image dans une série d’autoportraits.

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SITE
www.gudermane.net

Interview par André Sanchez, relecture Agnès Wronski.

4 Comment

  1. Ewa says: Répondre

    Une des meilleure interview que j’ai pu lire ! Félicitations tant à l’artiste qu’au journaliste. Merci.

  2. Merci Ewa. C’est fût une collaboration passionnante entre Natasha et moi et j’en suis ravi !

  3. bravo Natasha !

  4. j’aime ces l’image de nu, ce sont des scènes poétiques et c’est beau.

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