Nastia Bolchakova

Web-Culture Nastia Bolchakova

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Cette célèbre maxime d’Antoine Lavoisier semble présenter de manière adéquate l’univers de Nastia Bolchakova. Il suffit pour cela de regarder attentivement son travail et les matériaux qu’elle utilise : récupération d’objets laissés à l’abandon dans la rue, poubelles, aliments du quotidien, rebuts…

La liberté qui ressort de son art est cette transformation du banal en inédit, de l’habituel en occasionnel (photos à l’appui), du médiocre en exceptionnel ! Un parfait exemple qui légitime la réunion des contraires où l’art donne une leçon de consommation.

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Sur la home de ton site web, il y a ce curieux titre : Plasticienne au foyer ! Faut-il avoir des diplômes pour exercer cette activité ?

Je suis née en Union Soviétique en 1980, arrivée en France à un age conscient, j’ai grandi dans deux univers culturels à la foi (le privé était russe dans un contexte français).
Ma mère fut une femme au foyer exemplaire, l’univers formel mais aussi les conventions, l’organisation de la vie quotidienne, restent une référence.
J’ai d’abord été à L’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués (Olivier de Serre) puis fait une recherche en arts plastiques à La faculté de ST Charles (Paris 1) car un besoin de comprendre le pourquoi et le comment de mon désir créatif s’est vite fait sentir.
Mon mémoire intitulé Banalités Précieuses, l’enjeu de la procédure, abordait l’idée d’une forme de connaissance de soi par le biais d’un certain rapport à la matière de la vie de tous les jours.

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Quand je regarde ton travail, je pense à celui de René Magritte : l’association de contraires, l’utilisation d’objets dans un cadre décalé, les combinaisons avec l’humour et la dérision qui se dégage de ton œuvre… Est-ce qu’il fait parti de tes références, si références il y a ?

Si j’ai choisi de situer mon activité dans le champ de l’art, c’est grâce bien sur, à l’existence du travail laissé par les artistes connus. Mon travail est aussi imbibé plus ou moins consciemment des rencontres avec de nombreuses œuvres qui m’ont marquée.
Le travail de Magritte a contribué à élargir le champ de l’art, énoncer des nouveaux possibles.
J’aime le sentiment de puissance qui se dégage de sa façon d’user des images banales.
J’aime cette tension du drôle et pas drôle à la fois.

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Tu utilises quasiment que des objets de récupération dans ton travail. C’est d’ailleurs ce qui en fait sa force et sa particularité. Est-ce par jeu d’observation, ou simplement par goût du recyclage ?

C’est par goût du réel. Mon activité est en étroite relation avec mon environnement immédiat.
Plasticienne pratiquante, je vis dans une situation précaire un peu en marge de l’économie. C’est encore une fois ma situation et mon contexte qui influent sur ce que je fais.

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Le quotidien est également au centre de ton intervention artistique. Il semble que tu cherches à en dévoiler une nature poétique… D’où vient ce désir d’une seconde lecture de la vie ?

Je puise dans la rue, dans les taches ménagères, dans mes tiroirs, dans les conversations avec mes amis, dans mon frigo, dans le métro. Il ne s’agit pas d’inventer, mais de rentrer en contact avec ce qui existe et en transmettre une expérience vécue. Le désir étant celui de consommer ma vie plus librement.

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Peut-on comparer tes différentes œuvres à des tesselles d’une mosaïque qui se compose ?

C’est une comparaison intéressante, et peut être que la pratique initiale de ce savoir faire là, a laissé des traces dans ma façon de procéder.
Mon œuvre sera la somme de mes actes, de désirs matérialisés, de micro-expériences vécues qui s’imbriquent, oui. Il s’agit d’une sorte de chantier, d’un tout qui se monte par à-coups.
Si on parle de tesselles, alors le liant, le ciment de ces fragments, c’est mon être, c’est le temps qui passe.

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Tu es extrêmement satisfaite de ta résidence à l’Espace 29 de Bordeaux. Qu’est-ce que t’a apporté cette expérience ? Une expérience qui t’a sorti de ton quotidien justement…

Ça a été une expérience importante c’est vrai.
J’ai sorti ma pratique de sa sphère usuelle et l’ai déployée dans un contexte vierge de repères dans un laps de temps précis. Quelque chose que je ne connaissais jusqu’alors que par à-coups, de façon segmentée, s’est déroulé ici sur un mois, et s’est installé provisoirement dans la galerie.
J’ai pu y réaliser des interventions in situ et réfléchir sur la création d’espaces à partir de plusieurs éléments, à la mise en rapport de ces micro espaces entre eux, mais aussi avec le site. J’ai du me confronter à des questions techniques, des questions d’ordre scénique, penser à la place du spectateur…
L’équipe a été super, j’ai pu bénéficier d’ un logement, d’une subvention, de 100m2 de galerie, j’ai eu des catalogues ! C’est une chance inouïe pour quelqu’un qui débute !
j’ai pu rencontrer des artistes très intéressants, échanger des idées et même réaliser une installation spécifiquement pour une œuvre d’Harry Wenders, plasticien sonore que j’ai rencontré à L’Espace 29. L’exposition fut le résultat de tout cela et m’a donné envie d’avoir de nouvelles expériences.

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Tu participes au 54e Salon de Montrouge (du 30 avril au 20 mai). Qu’attends-tu de ce type de réunion artistique ?

Je veux sonder le pouvoir cognitif de mon travail, soumettre mon expérience artistique à un public. Un projet d’exposition permet de réaliser un nouveau volet, j’y étalerai la matière de mon activité de ces 3 derniers mois.
J’espère aussi y faire des rencontres intéressantes qui me mèneront vers de nouveaux projets.

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Je sais que tu es à l’écoute de ce qui se passe dans l’art contemporain, quel regard portes-tu dessus ? Et quelle définition donnes tu à l’art contemporain ?

Je dirai juste que la place de l’artiste dans la société n’est pas clairement définie, c’est problématique, mais peut être es-ce pour cela que j’y vois une sorte de refuge… Quoi qu’il en soit, je suis très loin de ceux qui se comportent comme des hommes d’affaires, qui manient des budgets énormes, créent des œuvres spectaculaires à gros frais de production, tirent la couverture de l’art vers de véritables événements show-biz.
Le rapport à l’art est pour moi une esthétique de l’existence entendue comme une éthique, la créativité donnant du sens à ce qui nous arrive.

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Après « la plasticienne au foyer » , « espèces d’espaces  » ou  » les nourritures humaines « , je suis très curieux de savoir quelles vont être tes nouvelles inventions/interventions. Je sais que ton travail est très lié à l’aléatoire (l’aléatoire c’est d’ailleurs presque de l’amusement), mais as-tu déjà réfléchi à la suite ?

Au mois de juin, je participe au Festival CRANE en Bourgogne. Je suis invitée à réaliser en 10 jours une œuvre dans la grange d’un château moyenâgeux. J’ai répondu à quelques appels à projets qui m’intéressaient pour la suite… (expositions thématiques, résidence à l’étranger…) Ce que je veux par dessus tout, c’est me donner les moyens de continuer.
Je te tiendrai au courant, promis.

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www.a-bolchakova.com
abolchakova.blogspot.com
www.ville-montrouge.fr
espace29.blogspot.com
www.sos-art.com

Interview André Sanchez

3 Comment

  1. Marie-Paule says: Répondre

    Très surprenante cette pomme avec les dents, inquiétante même.

  2. Sandy Murden says: Répondre

    Salut Anastasia,
    je decouvre avec beaucoup de plaisir ton univers si delicat et si expressif.
    je trouve vraiment tres interessant ces associations d’objets et de formes
    si improbale et pourtant si proche pour le poseur de briques que je ne suis plus.
    en tout cas previens moi de tes choses nouvelles.
    sandy

  3. […] Pictures © Nastia Bolchakova | via webculture | Tweet Share this […]

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