Marc Thirouin

Web-Culture Marc Thirouin

Entre Paris et Oslo, entre rêve et réalité, légendes et mystères, disparition et renaissance, Marc Thirouin maîtrise l’équilibre fragile de l’entre-deux-mondes. Une capacité qui contribue incontestablement à créer son style car ce photographe de 36 ans s’adapte aux commandes commerciales du monde de la publicité tout en composant des univers photographiques toujours très personnels. Savoir apposer son empreinte et la rendre perceptible au delà des concepts, n’est-ce pas le propre d’un artiste ? Rencontre avec le plus scandinave de nos photographes frenchies.

Web-Culture Marc Thirouin

Tu es autodidacte. Comment es-tu venu à la photo et te souviens-tu de ton premier « clic » ?

J’ai toujours préféré m’exprimer en image que par des mots. J’ai commencé avec les appareils photos de mes parents, le Polaroïd que tout le monde a connu et puis un 24-36 avec lequel j’ai commencé à composer des images. J’ai toujours eu un appareil dans les mains, toujours eu cette envie de cadrer de composer.

Web-Culture Marc Thirouin

Aujourd’hui, tu as déjà d’importantes références dans ton book (Jack Daniel’s, Axe, Bouygues Telecom, les récentes photos pour Aéroport de Paris, BNP…). Comment résumer ton parcours ?

Après une maîtrise de communication visuelle, je me suis orienté vers la direction artistique en agence de Publicité. Durant 7 ans, j’ai travaillé dans plusieurs grandes agences comme Alice ou TBWA. Après une année de réflexion et de changement de vie personnelle, je me suis lancé avec mon premier book et j’ai commencé à réaliser mes premières Pubs. Ce fut un vrai tournant de ma vie où tout a été remis à plat. Ce nouveau départ vers la photographie professionnelle a été accéléré avec le projet de l’agence BASS PRESSION et l’exposition React pour la première journée mondiale contre l’homophobie : une série de portraits de personnalités exposés à la galerie d’EURO RSCG BETC. Ce projet m’a permis de faire de belles rencontres comme Christian Lacroix. Et en 2007, j’ai intégré l’agence CJULIETTE, qui m’as permis d’affirmer mon style et me faire connaître dans différentes agences de publicité à Paris.

Web-Culture Marc Thirouin

Si tu devais partir précipitamment quel appareil emporterais-tu ?

Je pense que je partirais avec mon 503cw Hasselblad… Aucune électronique, tout manuel. J’adore cet appareil !

Web-Culture Marc Thirouin

J’ai eu le plaisir de découvrir ton travail lors du vernissage de P.A. (www.palesite.com) en décembre 2008. Peux-tu me dire quel est ton lien avec ce collectif d’artistes ?

Je les ai rencontrés par le biais d’un ami graphiste Romain Thomas. J’aime beaucoup le principe de ce collectif , de travailler sur des thèmes, sans censure. C’est une vrai liberté créative et un vrai travail de fond a chaque fois.

Web-Culture Marc Thirouin

Tu vis entre Oslo et Paris. Au-delà de survoler régulièrement mers et frontières, avoir une double culture agit incontestablement sur la vision et la conscience que l’on peut avoir de notre monde. Quelle influence penses-tu que cela a sur ton art ?

Une influence énorme. Ce n’est qu’à 2h de Paris, mais c’est tellement différent. On peut dire que je partage ma vie entre deux mondes opposés. Tout est différent en Norvège : la culture, la nourriture, les horaires de vie, le soleil, la nuit, les baleines, les légendes, le froid, la neige, les rennes, la nature, l’architecture… Et le fait de vivre dans cette nouvelle culture m’a ouvert une nouvelle porte d’expression photographique.

Web-Culture Marc Thirouin

Ressens-tu des différences notables ou des sensibilités communes par rapport à ton travail selon qu’il soit exposé en France ou en Norvège ?

Non

Web-Culture Marc Thirouin

J’ai été marqué par ta photo montrant de façon très esthétique, une tête de canard blanc, coupée et sobrement présentée sur un fond immaculé. Ton travail des teintes est très maîtrisé. Le blanc est présent dans nombre de tes créations : porcelaine, éléments de mobilier, électroménager, neige… Quel est ce lien quasi subconscient que tu entretiens avec cette « non couleur » ?

Le blanc mais aussi le noir, la pénombre. J’aime les oppositions. J’aime le blanc car, pour certaines personnes, il est synonyme d’angoisse et de vide mais pour moi il est positif puisque respiration. C’est le blanc qui me permet d’isoler mon sujet pour amener celui qui regarde mon image là où je veux l’emmener. Par exemple, la tête de canard aurait pu être traitée de façon beaucoup plus trash. Mais avec le blanc et ce petit sourire, l’image devient presque sympathique. Tout le côté douloureux est effacé par le blanc. Le blanc est quelque part un leurre esthétique qui cache une part de la vérité.

Web-Culture Marc Thirouin

En plus de la neige, le brouillard me semble aussi être un sujet à part entière… comme un plongeon dans le silence. Il y a aussi ces personnages têtes recouvertes de sacs en papier, ces animaux fantômes ou autres insectes-joyaux à la beauté figée. Dissolution des teintes, présences évanescentes ; peut-on d’un travail sur la disparition ?

On peut parler de disparition pour certaines séries. Disparition d’identité pour la série icône, disparition de l’habitat naturel pour la série « PRÉCIEUX » avec les insectes et pour la série « TRINIDAD DEL MIO INTERNO » avec ces fantômes à la fois anges gardiens et démons (licorne, dragon et cerf). On peut y voir des passages d’un état à un autre. Ce n’est pas forcément une disparition mais plutôt de la réalisation de soit. Où alors une disparition pour renaître.

Web-Culture Marc Thirouin

Pour en revenir à ta série présentant des personnages aux visages masqués par des sacs en papier imprimés d’icônes : elle est très énigmatique. Ta mise en scène est occulte. Les protagonistes évoluent tous dans d’élégantes pièces où l’éclairage est tamisé et ils semblent être présents sans être vraiment là. Ces sacs sont-ils comme des sarcophages ? Peux-tu nous donner un indice à tout ce mystère ?

Ces sacs peuvent être vus comme des sarcophages, ces femmes sont mortes… Elles ne sont plus que des icônes. La femme icône, belle, bien habillée, dans de beaux endroits, tout est presque parfait sauf qu’elle a perdu sont identité, elle n’est plus rien, elle est entrée dans un rôle qu’on lui dicte. Elle ne parle pas. On lui a appris des choses qu’elle n a jamais remis en question, qu’elle n’ose même pas remettre en question…. Arrivera t’elle à déchirer ce sac qui l’emprisonne de toute liberté et de passer de la pénombre a la lumière ? Liberté de penser par soi-même, de comparer, de confronter des idées et d’avancer vers sa vérité… ou celle que l’on croit être. Religion (à la différence de spiritualité), milieu social, politique, etc. Tout contribue à nous mettre dans des cases et tout le monde connaît des personnes enfermées dans ces sarcophages, dans leur sarcophage.

Web-Culture Marc Thirouin

Aujourd’hui, tout photographe se doit d’avoir un site, un blog ou une galerie sur internet. Est-ce que ta présence sur le web (en plus du site de l’agence qui te représente*) t’a ouvert de portes ou permis d’élargir ton réseau international ?

Je pense que tout photographe a envie de faire découvrir son monde, le site Internet est le moyen le plus simple de diffusion de ces images.
Il permet aussi de dissocier le site commercial (cjuliette) du site plus artistique, pour les projets d’exposition, de magazine etc… Je suis actuellement en train de travailler avec Romain Thomas (www.oniram.com) sur le design de mon prochain site web qui devrais naître début mars (www.marcthirouin.com).

Web-Culture Marc Thirouin

Tu as réalisé le film « Le Lien aspirant** » présentant la chorégraphie des deux artistes performeurs, Edvardsson & Berggren. As-tu réalisé d’autres films ? Est-ce quelque chose que tu souhaiterais renouveler ?

Ce fut une excellente expérience de travailler avec ces deux artistes, et le film a été ensuite exposé au Centre Pompidou ainsi qu’à Oslo. Je suis actuellement en train de travailler sur l’affiche de la prochaine performance de Sigrid Edvardsson. Mais pour le moment, je ne travaille pas sur d’autres réalisation, je préfère me focaliser sur mes images photographiques, cela me prends déjà énormément de temps. Mais la porte reste ouverte a tout projet…

Web-Culture Marc Thirouin

J’ai vu que tu étais référencé chez Digigraphie***. Quels sont pour toi les avantages de cette technologie de tirages numériques grand format ?

Pour moi, cela reste vraiment une question de rendu papier, Il y a un grand choix de papier chez Digigraphie et ils peuvent donner une autre dimension aux photos, avec l’avantage aujourd’hui de pouvoir vendre des tirages numériques certifiés Digigraphie.
Mais la plupart du temps, je fais tirer mes images sur papier argentique avec procédé argentique, cela dépend de ce que j’ai à faire et de quel rendu je veux.

Web-Culture Marc Thirouin

Il y a un véritable engouement pour la photo contemporaine de nos jours, cela t’ouvre t’il de nouvelles perspectives sur le marché de l’image ?

Cela me permets de faire plus d’expositions (avec PA ou le collectif FET ART ou a Oslo Høstutstillingen) et donc de montrer mon travail. Mon objectif aujourd’hui est d’être représenté en Galerie.

Web-Culture Marc Thirouin

Quels sont tes projets ou réalisations actuellement en cours ?

J’ai des cahiers pleins de projets, maintenant il faut les réaliser. Je travaille en ce moment sur une nouvelle série blanche ainsi qu’une série intitulé « MAGIC FOREST ».

Web-Culture Marc Thirouin

Y a t’il un photographe qui t’a récemment marqué ?

En exposant à Arles en 2008 avec le collectif Fet Art, j’ai découvert Tim Walker. J’adore son univers…

www.marcthirouin.com
marcthirouin.blogspot.com

* Marc Thirouin est représenté par cjuliette : www.cjuliette.com
** Exposé au Centre Pompidou dans le cadre du festival Pocket Film de Paris 2006
*** Digigraphie est un label de qualité créé par Epson

Interview An’Yes Wronski

1 Comment

  1. lienhart says: Répondre

    beaucoup de talent j’adore, more & more

Laisser un commentaire