Julien Langendorff

Web-Culture Julien Langendorff

Le 7 avril prochain, aura lieu à la galerie du Jour Agnès B, une exposition de Julien Langendorff. On commence à bien connaître ses œuvres, ses multiples collaborations et les éloges sur son travail généreux ne manquent pas. Généreux, sans aucun doute, mais ce trait de caractère suffit-il à le définir ? Il est incontestable que ce jeune artiste nous pousse à diverses interrogations…
Accrochez vous !

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Des trottoirs de Brooklyn au Palais de Tokyo… peux tu nous parler de cette fulgurante ascension ?

Tout s’est fait un peu par hasard… Le jour où Jacques Noël du Regard Moderne (www.unregardmoderne.com) m’a proposé d’exposer des gravures, je n’arrivais pas à y croire, c’était un sentiment vraiment fort. Je ne pensais pas que quelqu’un pouvait s’intéresser à ces dessins que je faisais chez moi, le soir en écoutant des disques… J’adore Jacques, il est un peu comme un mentor, et lorsqu’il m’arrive de ne pas être au top de ma forme je vais lui rendre visite. Sa librairie est un sanctuaire, il connaissait William Burroughs et beaucoup de gens l’admirent… Un après-midi Sonic Youth ont amené Beck là-bas et ont enregistré des chansons. C’est grâce à lui que j’ai auto-édité mon premier livre « The Random Rites Of Loneliness », il me harcelait pour que je le fasse, et j’ai vite compris par la suite que c’était une excellente manière de diffuser mon art… Des gens l’ont remarqué et m’ont proposé de faire des choses. Après cela j’ai fait un autre livre intitulé « Goodbye Horses » à Berlin. J’ai passé pas mal de temps à Brooklyn, où j’ai rencontré les gens de la galerie Cinders lors d’un concert de mon ami Jeffrey Lewis. Je leur ai envoyé des dessins plus tard et depuis j’ai fait pas mal de shows là-bas. Après c’est une succession d’expositions qui ont amené d’autres expositions, des rencontres, etc.

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Quels furent tes premiers supports d’expression ? Musique, écriture, peinture, dessin… ?

Je dessine depuis toujours, mais la musique est vraiment ce qui m’a accroché le plus, et c’est encore le cas maintenant.. J’ai appris à jouer de la guitare et de la batterie dès l’âge de 8 ans, je me souviens que j’essayais d’écrire des chansons avec un ami, on parlait de trucs satanistes, en fait maintenant que j’y pense on était exactement comme dans la chanson des Mountain Goats « The Best Ever Death Metal Band In Denton » ! Mon père était batteur dans un groupe psychédélique, il jouait dans les musées d’art moderne et ce genre de trucs. J’étais un peu décalé par rapport au gens à l’école, car j’adorais le classic-rock, j’écoutais Led Zeppelin, Creedence…
J’étais obsédé par les Rolling Stones, je collectionnais tous les bootlegs de la période Mick Taylor. En fait la peinture m’a intéressé un peu plus tard, j’ai découvert David Hockney, Basquiat… J’ai toujours aimé l’art mais à partir du moment où j’ai réalisé qu’on pouvait y trouver la même énergie que dans le rock, ça m’a vraiment donné envie de m’y intéresser davantage.

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On te qualifie d’artiste multidisciplinaire. Comment en es-tu arrivé à ce statut ? Peux-tu nous parler des tes diverses collaborations… Andrea Crew, Herman Dune…

Je me suis toujours exprimé selon différentes manières et c’est quelque chose de naturel pour moi. La plupart de mes amis et de mes artistes préférés sont à la fois peintres, musiciens, écrivains… Exprimer un univers dans lequel tout s’assemble, un dessin, une chanson, un beau poème est quelque chose de complètement fascinant, je trouve, que l’on soit spectateur ou créateur c’est une expérience puissante. C’est vrai, j’aime bien collaborer avec d’autres personnes et j’ai la chance de souvent faire des rencontres propices à cela. David-Ivar Herman Dune est l’un de mes meilleurs amis et ensemble on a fait trois expositions de dessins réalisés à deux, ainsi que publié un livre intitulé « Barefoot/Bad Omen ». Nous avons fait beaucoup d’œuvres à quatre mains, et construit des narrations selon un procédé qui ressemble à l’écriture de chansons. Il a enregistré des disques merveilleux avec son groupe, il écrit de beaux poèmes simples et sincères et travailler avec lui a été quelque chose de très inspirant.

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J’ai récemment réalisé un film avec Jason Glasser intitulé « Pillars Of Fire », dont l’idée a germé suite à une installation que j’ai exposée dans une galerie rue Louise Weiss, j’avais fait cette grande sculpture en cheveux très étrange je crois… Nous avons écris toute la bande-son et des chansons, que nous jouons live pour accompagner les projections du film ; et aujourd’hui nous ne savons plus nous-mêmes si ce projet est un film ou un groupe. Pillars Of Fire est une formation très libre, à laquelle se joignent souvent d’autres musiciens, la songwriter Sol, Lori Sean Berg du groupe Berg Sans Nipple, Matteah Baim…

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Nous allons bientôt jouer avec Psychic TV, c’est très excitant car j’aime beaucoup Genesis P-Orridge. Jason est un de mes peintres préférés, je ne le connaissais pas encore personnellement quand j’ai vu une des ses expositions il y a quelques années, et j’avais immédiatement adoré son travail. Je lui donne de temps en temps un coup de main avec son groupe Fruitkey, et c’est une personne avec qui j’aime beaucoup traîner et discuter. Andrea Crews m’ont proposé de faire des t-shirts, je ne suis pas exactement dans l’esthétique qu’elles véhiculent mais ça m’a amusé de faire ça, le côté hand-made de leur production est quelque chose dont je me sens proche, et j’aime bien Maroussia Rebecq qui a créé cette marque. Je vais bientôt collaborer avec Sol Sanchez qui est une songwriter magnifique et une photographe très douée, nous allons faire des collages à deux pour une exposition dans une galerie à Paris, son univers me touche vraiment, quelque part entre une sensibilité à la Cassavettes, les films noirs et le porno 70’s…

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On cite ton travail comme étant influencé par la contre-culture des années 60, le psychédélisme… Penses-tu appartenir à cette tradition historique ? Quel regard portes-tu sur ces références ?

Je ne sais pas. C’est vrai que je suis très inspiré par cette période… Très jeune j’ai découvert que tout ce truc, c’était pour moi, ça m’a tout de suite attiré. Autant l’imagerie hippie que son versant sombre, the Church Of Satan, la Manson Family, le concert d’Altamont..Tout se rejoignait pour m’offrir un univers tellement magnifique, autant en musique, en cinéma, qu’en littérature et mode de vie.. Les films de Kenneth Anger, les films de Garrel comme « Le lit de la Vierge », « La Cicatrice Intérieure », « Athanor »… Je suis fasciné par les films de Philippe Garrel, j’ai récemment vu Le Berceau De Cristal à la Cinémathèque de Paris, c’était hallucinant ! Certains de ses films sont très difficiles à visionner, il n’existe pas beaucoup de copies… Quand j’ai découvert son œuvre, en particulier du « Révélateur » jusqu’à la fin des années 70, ça m’a bouleversé car l’attitude et les images m’ont immédiatement passionné.. Cette sensation étrange, d’avoir quelque chose en tête sans réussir à le définir et de découvrir le travail de quelqu’un qui le matérialise. C’est à la fois romantique, mystique, très stylisé, une atmosphère en même temps gothique et psychédélique, austère et expressionniste.. Je ne me pose aucune question relative à une quelconque appartenance historique, je fais des choses, je crois, guidées par une sensibilité qui vient de là car ça fait partie de ma vision du Beau…

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Tu as l’air de bien t’amuser avec un stylo BIC… Pas mal d’artistes l’utilisent, je pense à Jan Fabre notamment. Quelle est la particularité de ce médium ?

J’aime bien Jan Fabre… En fait j’ai commencé à beaucoup l’utiliser car c’est tout simplement l’un des objets les plus accessibles pour créer, et j’aime les nuances et l’aspect que celui-ci procure. C’est étrange que les gens aient focalisé mon travail là-dessus à un moment ; je veux dire que je ne me considère même pas spécialement comme un dessinateur ; alors ce truc de l’artiste du stylo bic c’est vraiment quelque chose de bizarre. Je crois que ça véhicule une sorte d’imagerie cool, lié à un aspect lo-fi car c’est un objet du quotidien ou quelque chose comme ça… Pour moi c’est un genre de stylo comme un autre, c’est tout.

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Comment se passe la réflexion et l’écriture d’un projet pour une galerie ? Quel rapport entretiens tu avec le galeriste, justement ?

D’ une manière très instinctive. Les galeristes ont souvent besoin de quelque chose de très précis afin d’écrire leur communiqués de presse etc. Moi j’ai une idée en tête mais qui est toujours difficile à exprimer, j’ai rarement fait des projets avec un concept définitif. Les idées viennent comme ça, c’est très mystérieux. Parfois, je décide d’une certaine technique ou esthétique qui va définir la production, parfois je vois une image quelque part qui me touche et me donne envie de travailler sur une nouvelle série d’œuvres. Il n’y a pas de règles en fait. Mes galeries sont super et me font totalement confiance, j’aime bien les gens de Cinders à NY, qui ne sont pas beaucoup plus vieux que moi et qui partagent la même culture que moi je crois.

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Peux-tu nous parler de « The Ritual Key », que tu vas présenter à la galerie du Jour Agnès B ?

J’ai été invité par Agnès à exposer aux côtés d’Antony, du groupe Antony and the Johnsons… Je ne connais pas très bien son travail, mais nous avons quelques amis en commun, et je suis impatient de voir cette exposition. Je prépare une nouvelle série de papiers découpés, une technique que j’ai découvert récemment et que j’aime beaucoup. Le principe est le même que celui qu’utilisait Matisse à la fin de sa vie, découper des formes à-même la couleur et les assembler sur le papier. J’aime l’aspect un peu primitif et étrange de cette technique, c’est bizarre car mon intérêt pour celle-ci est arrivée à un moment où je disais beaucoup de choses dans mes dessins, il y avait beaucoup de détails, du texte, et à un moment j’ai eu envie d’un peu plus de retenue. Aussi ça m’a permis de travailler sur quelque chose de plus abstrait, parfois des formes pures, et découvrir un nouveau vocabulaire visuel…

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Marcel Duchamp a dit : « Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût ! ». L’art contemporain devient un terme galvaudé et sert de plus en plus à désigner n’importe quoi… Qu’en penses tu ? Est-ce que tu suis ce qu’il se passe dans les galeries ?

Oui je crois… Je me tiens au courant, mais je vis vraiment dans une bulle, la plupart des choses que j’aime dans l’art, la musique, le cinéma ne sont pas vraiment de maintenant. Il est rare de me voir aux vernissages et ce genre de manifestations. La plupart des expositions que je vois dans les galeries à Paris ne m’intéressent pas beaucoup. Je suis représenté par une galerie à New York qui s’appelle Cinders, quand je me rends dans cette ville c’est beaucoup plus excitant. Les grosses galeries là-bas n’hésitent pas à exposer de jeunes artistes, des gens avec des visions uniques ; sans forcément un rapport avec ce qui marche en ce moment. Les derniers artistes récents que j’ai vraiment aimés sont Kyle Field et Chris Johansen, mais je crois que je me tiens plus au courant des nouveaux groupes que des nouveaux artistes.

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Quels sont tes objectifs pour 2009 ?

J’ai des projets de films que j’aimerais réussir à concrétiser, c’est à peu près tout ce qui m’intéresse en ce moment.

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Parle-nous de ce que tu aimes…

Je viens de finir l’autobiographie de Ronnie Wood, les Stones sont une des choses que j’aime le plus au monde. Récemment j’ai revu The Holy Mountain de Jodorowsky, et je ne me souvenais pas que les décors étaient si spectaculaires.. Mon ami Robert Lowe m’a appris que John Lennon et Yoko Ono avaient en partie financé le film.. Robert est un musicien insensé, son projet s’appelle The Lichens et j’aimerais qu’il joue dans des stades ou alors pendant l’entracte du Superbowl, ça permettrait aux gens de se rapprocher un peu plus de la nature… J’aime les disques de songwriting avec des paroles incroyables, comme par exemple « Blood On The Tracks » de Bob Dylan et « All Hail West Texas » des Mountain Goats. J’ai récemment vu un magnifique livre sur l’art des Shakers, une secte protestante déviante liée aux Quackers à la fin du 18e siècle. Leur sens de la composition, des couleurs et leur agencement de formes magiques sont éblouissants. Augustin Lesage, un artiste qui communiquait avec les esprits qui lui dictaient la peinture de tableaux obsessionnels censés représenter l’architecture de l’univers. Ma fiancée m’a fait découvrir John Jacob Niles, un chanteur américain folk traditionnel dont la voix et l’interprétation sont parmi les plus intenses que j’ai écoutées. Un des groupes de ces dix dernières années qui m’a le plus impressionné est Wooden Wand And The Vanishing Voice. J’ai eu la chance de les voir à NY peu de temps avant qu’ils se séparent, et leurs disques sont d’une étrangeté vraiment attirante, un peu comme visiter une maison hantée sous mescaline !

www.fatgalerie.com
www.galeriedujour.com
www.cindersgallery.com

Interview André Sanchez

1 Comment

  1. très personnel et original ce que fait Julien Langendorff. Je ne manquerai pas d’aller voir ses oeuvres.

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