John Nouanesing

Web-Culture John Nouanesing

Y’a du design dans ce nom là !
Quel rapport entre un skateboard, K2000, la console Wii, du mobilier de salle de bain, un bikini et un téléphone portable ?
D’abord beaucoup d’humour décalé, ensuite de l’audace et enfin, du talent.
Dans l’univers très pointu du design où aujourd’hui tout peut être désigné, de la carrosserie d’une voiture au derniers sextoys en vogue, John Nouanesing jeune diplômé de l’École internationale de design de Toulon, apparaît incontestablement comme une figure à suivre. Imagination sans limite et connaissance technique composent son univers imprégné de fun, de street art et de jeux vidéos. Il suffit d’aller sur son site (johnnouanesing.fr) pour voir, dès la première page, que le ton est donné. De son urinoir pour chien, en passant par les Mains de jardin ou sa table Trubo Boost, John Nouanseign jongle avec les concepts aussi bien qu’avec les mots. Ses créations ludiques surprennent d’inventivité et nous font dire « Mais pourquoi personne n’y a pensé plus tôt !? ». Car certains de ses objets ont tout pour devenir des must have. Prenez la lampe WTF qui ne s’allume pas où on l’attend, sa baignoire en cuir (oui oui j’ai bien dit en cuir !) ou sa table faussement fragile « Paint Or Die But Love Me ».
On verrait bien ces créations de John à côté des designs de légende…vous savez entre le Bic Cristal, et la TT d’Audi, ces produits au design parfait qui ont le bon goût de marquer une époque. Rencontre avec John Nouanesign. Quand l’espièglerie devient un catalyseur de talent.

« Jeune avant-gardiste, déjanté, décalé, talentueux, fun, urbain, branché…»
Quand on lit les articles te concernant, beaucoup d’adjectifs te qualifient.

Si je devais choisir un seul adjectif ça serait… Chanceux ! En effet, je suis ravi que mon travail plaise à beaucoup de gens aujourd’hui parce que ça n’a pas toujours été le cas, notamment à l’école. Ainsi, j’ai la chance d’avoir une culture asiatique, d’être né en France, d’avoir grandi en banlieue. C’est tout cela qui m’a permis de façonner un peu ce travail et de créer un univers autour.

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En ligne depuis 2 ans, ton site présente un catalogue de produits qui regorge d’ingéniosité et ne cesse de croître. Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je suis né dans les années 80, et j’ai donc grandi en regardant Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque et autres Goldorak. La génération Club Do’ pour résumer. C’est celle qui a aussi connu le développement des jeux vidéo avec la NES, la Super Nintendo, la Megadrive…
Mais également la génération qui a découvert les sports de glisse pour le grand public par le skateboard, le snowboard et tout cet esprit urbain qui les caractérise. Et c’est tout cet ensemble qui m’inspire encore aujourd’hui car je persévère à lire ces mangas, à jouer à la console et à faire de la planche à roulettes… Du coup mon portfolio doit plaire à cause de ça, car aujourd’hui cette génération a grandi et je crois qu’elle se reconnaît dans mon travail.

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Repéré grâce à ton site sur internet, tu as été invité à exposer à l’étranger. Une notoriété naissante qui t’a certainement ouvert des portes… Quels bénéfices tires-tu de l’utilisation du média web ?

C’est vrai que j’ai été invité à des expos (dont beaucoup où je n’ai pas pu être car je n’étais pas encore prêt) et c’est très flatteur !
C’est un peu une « website story » je dirais, car grâce à mon site internet, beaucoup de magazines m’ont contactés, ce qui a amené énormément de crédibilité à mon catalogue.
L’été dernier, j’ai été surpris d’apprendre que le site avait été autant visité que celui de Madonna. C’est aussi grâce à ce site que je peux créer des contacts et aujourd’hui, je peux même dire que je suis devenu ami avec des gens qui m’ont juste écrit parce qu’ils appréciaient mon travail !

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Comment s’articule ton processus de création ? Crayonnes tu tes idées sur le papier ou conçois-tu directement tes modèles en numérique ?

La façon dont je bosse n’a plus rien à voir avec celle qu’on apprend à l’école, c’est-à-dire toutes ces méthodologies à suivre à la lettre comme l’étude de l’ergonomie, la « bête à cornes », la « pieuvre » et plein d’autres que les étudiants connaissent très bien. Seul le brainstorming est resté. Il suffit de se retrouver entre amis autour d’une table à l’heure de et c’est parti pour des heures de rigolade ! Ainsi, les Mains De Jardin, les post-it Talk To The Hand ou encore le porte-manteaux Let’s Dance sont sortis de ces brainstormings.
Il y a ensuite une phase de crayonnage pour mettre en forme l’idée, mais en général j’ai déjà l’image de ce que je veux faire dans la tête ensuite, j’utilise la 3D pour la présentation de l’objet (cf. images du catalogue).

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Réalises-tu des prototypes ou des maquettes ?

Je ne fais pas de prototype ni de maquette moi-même. Alors quand je souhaite faire fabriquer une pièce, je préfère demander à un artisan de ma région. Mais pour cela, il faut que j’étudie l’objet à fond parce que cela coûte assez cher.

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Quand on voit ta table « Paint or Die, but Love Me », tes vases « Break me » ou ta lampe « WTF », on sent que tu laisses une part au surréalisme. D’où te vient cette capacité à créer un design au frontière de l’art ?

En fait, en quittant l’école, j’ai voulu faire autre chose qu’un aspirateur ou un mixer de chez Moulinex. Il y en a qui sont très doués pour ça, mais ce n’est pas vraiment ce que j’ai envie de faire. Alors, je ne sais pas si mon travail est à la frontière de l’art… Mais en tout cas l’objet est mon support comme la toile pour un peintre ou un bloc de pierre pour un sculpteur. Je ne vais pas avoir la prétention de dire que je fais de l’art, pas du tout. Mais on peut dire que j’essaie d’utiliser l’objet pour dire quelque chose comme pour la table Paint Or Die But Love Me qui parle d’amour et de tragédie ou encore les Fenêtres 3.1 qui disent qu’on passe trop de temps devant l’écran de l’ordi et qu’il est bon d’aller voir dehors de temps en temps… Je tente d’éviter de faire du design juste « joli » mais c’est vrai que quand je suis fatigué, ça fait parfois du bien de faire un truc « gratuitement ».

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J’ai vu que tu réalisais aussi des portraits (croquis et autres dessins numériques). Entre la mise en route tant annoncée de ton entreprise de mobilier dans les Landes et la conception de nouveaux produits, trouves tu encore du temps pour dessiner ?

Je n’ai absolument plus le temps de dessiner ! Et je le regrette beaucoup… Je trouverai du temps quand je serai à la retraite. En ce moment je suis très occupé avec la création de mon entreprise, la production de la table Paint or Die, but Love Me, les préparatifs pour le salon International du meuble de Cologne* en janvier, la créa, répondre aux e-mails, et travailler à côté parce que je ne gagne pas encore ma vie avec le design… et cerise sur le McDo, Guitar Hero 4 vient de sortir !… C’est le bouquet. ;)

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Certains de tes produits seront réalisés courant 2009.
Où en est ta production ?

En ce moment, je peux d’ores et déjà dire que la table Paint Or Die But Love Me sera disponible dès le début 2009 après l’IMM de Cologne où je vais la présenter (venez nous voir si vous êtes dans le coin en janvier !). Ensuite, je suis heureux de pouvoir dire aussi que le bloc notes Talk To The Hand sera disponible à partir de janvier 2009 chez Fred & Friends* !
Et pour le reste des créations, je recherche encore des éditeurs…

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Voici deux formules, de laquelle te sens tu le plus proche ?
– De la matière naît la forme.
– De la forme naît la matière.

Des deux formules proposées, ça serait « de la forme naît la matière »… Mais à vrai dire, je crois que la matière est plutôt choisie en fonction de ce qu’on veut faire passer comme sentiments. Sinon ça serait la célèbre phrase « La forme suit la fonction » à laquelle j’adhère. Aussi, je vois venir les gens qui vont dire « Mais lui, ses formes ne sont pas fonctionnelles, pas pratiques etc. » comme j’ai pu le lire sur certains commentaires. Alors, je vais continuer l’expression et dire « La forme suit la fonction, mais la fonction n’est pas toujours celle que l’on croit… » comme je l’ai dit avec la Fenêtre 3.1, en effet, sa fonction première est de passer un message et non d’aérer une pièce… La table Paint Or Die But Love Me elle, parle de souffrance. Ce que je veux dire, c’est que la forme en soi est déjà une fonction car elle véhicule une sensation visuelle, sinon toutes les tables seraient simplement un plateau sur 4 pieds.

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Y a t’il des matériaux qui t’inspirent plus que d’autres et que tu préfères travailler car ils sont plus sensuels, résistants, malléables… ?

J’aimerais beaucoup travailler le Corian*, il parait que c’est un matériau magique ! Mais je n’en suis pas encore là je crois… Il est encore un peu tôt et je n’ai pas suffisamment d’expérience dans le domaine pour savoir ce que je préfère.

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T’es t’il déjà arrivé de devoir avorter un projet en raison de limites techniques ?
– Je suis limité par beaucoup de choses ! Comme par exemple par la maîtrise de l’outil 3D ce qui fait que je laisse certains objets en attente de modélisation. Ensuite comme je débute, je suis bien sûr limité par mes moyens financiers. A nouveau, la fabrication de prototypes coûte très cher…

Dans une interview de mars 2008, Philip Starck déclarait qu’il considérait le design comme inutile et que “l’homme n’a besoin de rien de matériel”. Comment réagis-tu à cette affirmation ?

Pour être franc, j’ai remarqué que la majorité des étudiants n’aimaient pas trop Starck à cause de sa personnalité… Quoi qu’il en soit, j’aime bien son travail et quand il dit que l’homme n’a besoin de rien de matériel, il fait peut-être référence au besoin primaire c’est-à-dire physiologique, donc tout ce qui est nécessaire à la survie (respirer, boire, faire ses besoins, manger, dormir…). Il doit, je pense, distinguer le besoin du désir. On a besoin de se nourrir sous peine d’être en mauvaise santé, en revanche, on désire une moto, sans en avoir réellement besoin. Et c’est peut-être en cela qu’il dit aussi que le design est inutile. En effet, le design répond à un besoin tertiaire, le 2nd besoin, le besoin personnel étant un besoin plus social. Mais c’est un résumé de ce que je pense et je pourrais débattre et argumenter là dessus sur des pages !

D’après toi, quels sont les effets tangibles du design sur notre quotidien ?

Le design répond donc à un besoin tertiaire. Il aide juste à se sentir bien ou à être de bonne humeur. Un objet est aujourd’hui quelque chose comme une expression de son propriétaire, je crois. Car maintenant, le côté pratique de chaque objet est quasiment poussé à son maximum… La chaise par exemple a été étudiée dans tous les sens en terme d’ergonomie. Si on veut une chaise pour s’asseoir, une chaise toute simple fera l’affaire. Or, si on veut véhiculer une ambiance ou avoir un objet qu’on aime tout simplement, on ira chercher une chaise un peu plus particulière. Le design est devenu surtout une question d’image et non plus d’ergonomie comme ça l’était avant. On en revient encore à l’expression « la forme suit la fonction » où le rôle de la fonction première est, de nos jours, l’apparence et l’image que l’on donne à travers ce qu’on possède à l’instar du vêtement de mode, de la voiture, ou encore du téléphone portable.

Quelle est l’idée d’un designer qui t’a dernièrement le plus bluffée ?

J’ai adoré la Chester lamp que j’ai vu la semaine dernière de Bert & Dennis* ! Sinon j’ai une fascination pour les maillots de foot et les sneakers en général.

En tant que designer, as-tu un rêve fou ?

J’ai en effet un rêve fou: je cours le plus vite possible de toutes mes forces mais j’avance au ralenti… Et aussi je fais celui où je perds mes dents… Mais celui-là tout le monde le fait!
Sinon, j’ai un vrai rêve, oui, mais je le garde pour moi pour le moment ! Je le dirai quand il sera réalisé.

johnnouanesing.fr

www.imm-cologne.com
du 19 au 25 janvier 2009
www.worldwidefred.com

Le Corian® est un matériau créé et produit par Du Pont. Sa capacité à être thermoformé et sa translucidité font de lui un matériau qui offre de nombreuses possibilités d’utilisation dans un large spectre de secteurs dont le design et l’architecte.

www.bertendennis.nl

Interview An’yes Wronski

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