Jérémie Saindon

Web-Culture Jérémie Saindon

Protéiforme. Adjectif qui pourrait qualifier aux mieux ce jeune réalisateur Québécois ? En effet le travail de Jérémie n’est pas qu’une pensée de la confrontation des hommes et des femmes. Il est aussi une expérimentation de la conscience archétypale des êtres vivants. Qu’est-ce que l’identité ? Question légitime, à laquelle répond parfaitement bien Jérémie avec l’aide de différents symboles.


Web-Culture Jérémie Saindon

Tu as étudié le cinéma à Concordia de Montréal, comment est-ce qu’un jeune étudiant qui sort de l’école se lance dans la réalisation ? Des rencontres particulières ?

En fait, il y a plusieurs personnes avec qui je suis allé à l’école qui demeurent toujours de fidèles collaborateurs. Je n’ai jamais terminé mes études à Concordia parce que mes ambitions n’étaient pas complètement assouvies par le contexte académique universitaire et qu’un des mes projets de fin de cession s’était fait refuser à la fin de ma deuxième année de baccalauréat. C’était un film de porno science-fiction qui n’avait pas su séduire le comité de professeurs qui composaient le jury. Disons que mon désir d’explorer la sexualité et les mœurs surtout dans l’intimité de nos rapports entre hommes et femmes n’a jamais cessé.

Tu as réalisé plusieurs clips vidéo pour différents groupes comme Groupe Numéro#, Omnikrom, We Are Wolves. Comment t’es tu orienté vers le milieu de la musique ?

J’ai toujours été un mélomane dans l’âme. J’ai travaillé au HMV puis ensuite à Musique Plus qui est l’équivalent ici au Québec de MTV, donc la transition vers le clip s’est fait de façon complètement naturelle. Le clip permet une liberté que la pub ou même la fiction permet très peu. C’est la possibilité d’explorer l’inconscient au travers des images qui sont tirées des récifs de ma conscience qui résulte parfois dans des œuvres oniriques et idéalement intéressantes pour le publique.

Comment se passe la collaboration avec les groupes, s’il y en a une ?

Elle est différente à toute les fois. Pour certain, disons dans le cas de We Are Wolves, nous parlons des références qui nous branchent mutuellement. Avec eux c’était instantané, vu la nature de leur musique aux références tribales et aux textes imagés, que les concepts devaient être de nature un peu psychédélique, voir même ésotérique. Par la suite, c’est moi par contre qui avais carte blanche pour développer un concept dans les paramètres esthétiques convenus. Dans d’autres cas, comme avec Jérôme Rocipon de Numéro#, le concept se développait ensemble. L’un apportait une idée puis l’autre développait sur celle-ci ou en proposait une autre. C’est temps-ci je développe avec Jean-François Perrier le beatmaker de Yelle et ça se fait par internet, soit par courriel ou Skype. À chaque fois c’est une expérience différente.

We Are Wolves – Coconut Night

Jusqu’où peux-tu intégrer ton univers personnel ?

Le plus ça progresse le plus je me permets d’y intégrer mon univers personnel. Dans le cas de « Coconut Night » de We Are Wolves ou de « Tout est parfait » de Numéro#, il y beaucoup de mon imaginaire personnel. C’est bizarre parce que dans celui de Coconut Night, pour faire le lien avec l’inconscient dont je parlais plus tôt, j’ai vraiment eu l’impression d’être aller puiser profondément en moi-même sans nécessairement le savoir. Le visuel et les scènes du clip me venait complètement spontanément sans nécessairement que j’y trouve un sens précis. C’est seulement par après qu’un bon ami et co-scénariste à moi, Stephan Dubreuil, m’a dit que la scène finale – avec le rituel où les gens sont positionnés en forme cercle -ressemblait à un rituel païen de fertilité. Ironiquement c’est pendant la production de ce clip que ma copine m’a annoncée qu’elle était enceinte. J’ai vraiment l’impression que quand on s’abandonne à notre subconscient, il y a tout un univers riches en sens et en symbolisme qui peut en découler.

Coeur de pirate

L’éloge de la lenteur, les ralentis, les apparitions de personnages tout droit sort de Twin Peaks de Lynch, d’où viennent tes Influences artistiques ?

J’adore des cinéastes comme David Cronenberg, Alejandro Jodorowski ou même Michael Haneke ou des écrivains comme Micheal Houellebeqc, Will Self et J G Ballard. J’aime aussi des trucs d’un réalisme mordant comme l’écriture de Charles Bukowski ou les films des frères Dardenne. L’idéale pour moi c’est de brouiller la ligne entre l’hyper réalisme et l’onirisme. Je pense que le ralenti permet ça. Un exemple parfait serait les films de Gus Van Sant où le ralenti nous permet de constater tout les détails et tout les subtilités d’un moindre geste. C’est ça qui me fascine avec le ralenti, cette quête d’hyper réalisme qui drôlement, une fois filmée, donne l’impression de voir les images tirées d’un rêve. Pour ce qui est des personnages, j’ai un penchant pour la symbolique. Aujourd’hui je suis en train de mixer mon premier court métrage depuis l’université et encore une fois il y a beaucoup de sous-texte métaphorique même si en soi l’histoire se déroule autour d’une fête d’enfant. Rien de plus banale en surface alors qu’en profondeur se trame des désirs refoulés, dont celui d’un jeune homme pédophile pour un enfant en quête d’une figure paternelle. Dans le film quasiment tout le monde est maquillé à l’effigie d’animaux qui résonne bien avec cette tension sexuelle brutale et sauvage qui s’impose tout au long du film.

Omnikrom – Comme à la télévision

Comment est-ce que tes vidéos / films sont perçues en France ?

Drôlement, la France est un de mes meilleurs publiques. J’ai eu plusieurs appels de la France surtout du domaine publicitaire et du vidéo-clip qui s’intéressent à mes œuvres. On me dit souvent que j’ai une sensibilité très française et que j’ai un univers qui plaît au Français. Ce sera à vous de me dire s’ils ont raison.

Tout est parfait – Numero#

L’internet est surement incontournable pour exposer tes créations sur des sites tels que Behance, Viméo qu’est ce que ces espaces ont apporté à ton travail ?

Sans l’internet, il y aurait beaucoup moins de gens qui auraient la possibilité de voir mon travail et moi de l’exposer. Aujourd’hui je peux me conter chanceux d’avoir des milliers, voir des millions avec le clip de Cœur de Pirate « Ensemble » de gens qui ont vu mon travail. Ça permet tout un rayonnement qui est primordial pour le développement d’une carrière aujourd’hui dans les arts et je me sens choyé de pouvoir en profiter.

Web-Culture Jérémie Saindon

Quels sont tes Projets actuels ?

Je travaille actuellement sur un clip pour Islands et le premier single de leur nouvel album. Le chanteur incarnera un chaman/crooner au milieu d’un univers inspiré des musicals de Busby Berkeley et des clips de chansonnier hispanique des années 70. Sinon, je finis présentement mon court métrage qui s’intitule « L’Anniversaire » et qui devrait être en festival prochainement (je me croise les doigts) et je suis à l’écriture de mon premier long métrage qui est prévu d’être tourné cet été. Ça porte sur les gangs de rue haïtienne ici à Montréal et le tout tourne autour d’une famille de trois frères et d’une mère monoparentale qui survit grâce au proxénétisme de jeunes adolescentes. Je suis aussi en développement par rapport à un autre film écrit par un comparse Canadien de Vancouver qui se nomme Seth Lochhead. L’histoire porte sur une tribu de jeunes qui vivent comme des sauvages dans la forêt de la Colombie-Britannique.

Web-Culture Jérémie Saindon

Comment souhaites-tu que ton activité progresse dans l’avenir ?

J’aimerais pouvoir réaliser un film par année et avoir le temps de faire des œuvres purement artistiques destinées pour des musées et des galeries d’art. Voilà ! Merci pour l’entretient !

SITE
http://www.jeremiesaindon.com/

BEHANCE
http://www.behance.net/jwalkr

Interview Laure Delahaye.

2 Comment

  1. Datanegativ says: Répondre

    Très bel univers, à l’apparence étrangement scandinave pour un québécois (dans le rendu des images etc).

  2. […] magazine français Web-Culture “se balade entre photographie et performance afin de percevoir les chemins de l’intime dans […]

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