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Trois yeux par ici, quelques bras par là, des langues qui pendouillent, plein de monstres poilus, le tout finement dessiné… Bienvenue dans l’étrange univers de Greg Picquet alias COMOSETA !
Graphiste, illustrateur, artiste qui nous a saisi par la singularité de son travail. Donnez-lui une feuille blanche et elle sera vite inondée de formes et de personnages bizarres sortis tout droit d’une mythologie disparue. On a pu découvrir, en mars dernier, quelques uns de ses malicieux dessins à la galerie l’Art de Rien à Paris.
Mais, tout comme vous, ma première question se dirige vers cet étrange pseudonyme : COMOSETA…

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Qu’est-ce qu’il veut dire et pourquoi l’avoir choisi ?

C’est vieux ; ça a environ 10 ans, quand j’ai commencé mon boulot de créatif. D’ailleurs, à la base, c’était Comounaseta, qui veut dire en espagnol « comme un champignon » et où le champignon est plus vu comme une moisissure envahissante. J’adore cette notion d’invasion et de prolifération sur la surface. Ça se retrouve souvent dans mes travaux où le support, quelque soit sa forme, est potentiellement en rapport de force, qu’il soit média ou médium. Par exemple, une feuille : tu peux complètement la recouvrir de dessin et, à la fin, tu ne sais plus qui est le support, la feuille ou le dessin.
Par la suite, j’ai raccourci mon pseudo en Comoseta pour des questions plus pratiques.

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Qui étais-tu avant de devenir Comoseta ? Parle-nous de ton parcours : études, écoles, découvertes…

Avant de devenir Comoseta, j’ai fait plein de choses inutiles et qui, dans un sens, n’ont pas grand chose à voir avec le domaine de la création. J’ai suivi un cursus de biologie. J’ai fais de l’ethnologie et un peu de droit de l’environnement. Par la suite, j’ai fait un DU de multimédia qui m’a amené à travailler le graphisme à partir de 1999, pour une association de vulgarisation scientifique et technique. C’est là que j’ai fait des ateliers d’arts plastiques avec des enfants de maternelle. J’ai adoré ça et j’ai commencé un travail personnel de recherches sur les médiums : peintures, bombes, encre, etc. Comme pas mal de monde, j’ai fait du graff et du tag entre 1993 et 1995. Depuis, je n’en fais plus… même si, quand mes potes vont faire un mur, ça me tente toujours. Mais fini la pratique à la bombe, je préfère le poska et les pinceaux. Après, les découvertes se font naturellement par des rencontres, des choses partagées sous formes de cadavre exquis et de fresques croisées.

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Quels furent tes premiers coups de cœur dans l’art ? Ont-ils été des éléments déclencheurs pour toi ?

Mon premier coup de cœur, je l’ai eu assez tard, en visitant un musée à Strasbourg. C’était un tableau de Klimt, « l’accomplissement » si je me souviens bien. J’ai adoré le fond, la forme et l’intention. D’ailleurs, j’apprécie pas mal d’artistes de cette période, comme Mucha ou Schiele. Sinon, j’aime bien certains mouvements pour leurs formes intellectuelles, comme les nouveaux réalistes. J’aime aussi les Dripping de Pollock. Il y a un an, j’ai revu une de ses toiles au Centre Georges Pompidou et la force qui s’en dégage m’a bouleversé. J’aime les Surréalistes ou, de manière plus contemporaine, les Pop-surréalistes américains (low brow art). J’apprécie énormément les œuvres de Matisse. Il y a un très beau musée pas très loin de chez moi, avec ses grandioses collections de motifs, de répétitions…
Pour ma part, je cherche encore ma propre forme d’expression, même si j’apprécie le travail à l’encre pour sa finesse et les sentiments qui s’en dégagent. Je ne pense donc pas que je puisse parler d’élément déclencheur en soit. Il s’agit plutôt d’une « nourriture », d’un plaisir qui nourrit mes envies.

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Les monstres qui se cachent sous ton lit ou dans ton placard te poursuivent depuis longtemps ?

Ah ah, ces monstres ne se cachent pas dans mes placards. Ce sont plutôt des amis dans ma tête. Ils sont souvent le reflet de caricatures de faits, de personnes…

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Dans ton travail, on retrouve des aspects monomaniaques, voire fétichistes : répétition de formes, de traits, d’éléments… Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

J’aime bien le terme « psychose » pour définir certains aspects de mon travail ! Et, en effet, il y a pas mal de formes graphiques et de personnages qui sont récurrents dans mes illustrations. Il y a les « no head » : ce sont les travailleurs, les MBD (métro, boulot, dodo) qui, à force de ne plus penser pour eux, voient leurs yeux disparaître pour laisser place à un vide, sans âme, sans esprit. Il y a les serpents et multiples dragons qui symbolisent la tentation. Ils viennent t’enlacer, te pousser vers d’autres envies. Eux, au contraire, ont souvent une multitude d’yeux. Ils te regardent, t’observent et te jugent.
Comme je le disais, ces monstres sortent de ma tête suite à des rencontres. Beaucoup de gens parlent de leur vie monotone ; pour moi, c’est souvent un terrain prolifique à la création. Les bras multiples pour les passionnés, les oreilles énormes pour les indiscrets…
Une autre part de cet univers vient également de ma vie, de ma fille qui est handicapée et qui vis dans son petit monde, ou bien d’épisode de la vie qui font voir les choses différemment…

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Entre travail numérique ou traditionnel, quelle est la forme d’expression que tu privilégies le plus ?

Sans aucune hésitation, le traditionnel. Mais je ne renie pas la forme numérique et j’en fais d’ailleurs souvent usage. J’y prends du plaisir mais ce n’est pas le même usage ou la même finalité. Le numérique me permet de tester des choses qui me prendraient plus de temps avec un crayon. Je prends plaisir à utiliser la tablette, mais jamais autant qu’avec un stylo à la main. Il n’y a pas la même intensité. Le numérique permet de corriger les fautes trop facilement et, de ce fait, on n’a pas la même maîtrise de l’erreur. Je travaille toujours mes illustrations directement à l’encre, quitte à devoir transformer certaines choses qui sont ratées.

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Les TOY sont également une bonne opportunité d’expression pour toi…

Je pense qu’on devrait davantage parler de la culture du DIY (Do it yourself), qui a émergé il y a 2 ou 3 ans aux yeux du grand public et qui propose la customisation d’objets. C’est plutôt bien dans le fond mais, souvent, les abus conduisent à la pauvreté du résultat. J’ai fait deux expositions-vente de Toys. Je ne vais pas dire que je n’ai pas apprécié mais je trouve le support assez mal adapté à la création. Il faut, en effet, beaucoup de matériel pour faire du beau boulot.
Le dernier Toy que j’ai fait était pour une vente chez Christies. Il s’agissait d’une sorte de singe que j’avais nommé « Sustainable Monkey ». C’était un pied de nez à la société de consommation dans laquelle nous vivons. C’était un jouet pour grands enfants qui ont de l’argent. Sur ce point de vue on ne peut pas blâmer cette mode.

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Comment as-tu réagi à tes premières propositions d’exposition et de possibilité d’investir les lieux ?

J’étais surpris, je ne pensais pas pouvoir intéresser des gens. Cela dit, à l’heure actuelle, je n’ai fait que des expositions collectives. Mon plus beau souvenir d’exposition date de bientôt 2 ans. Une exposition sous forme d’installation peinte. C’était à Barcelone, dans une énorme salle de 2500m2. Il y avait 6 artistes, avec un beau défi à la clé : utiliser un mur de 12 mètres sur 3, en 5 jours… L’exposition s’appelait « Habia Una Vez A Nino Muerto » : il était une fois un enfant mort. Le sujet était vaste et reprenait des standards de la culture espagnole. J’ai tout de suite pensé à Guernica, mais le curateur m’a invité à ne pas introduire de politique dans ce type d’exposition « Street Art ».Pour les lieux, je les considère tous uniques. La forme d’expression dépendra de ce qu’on nous laisse faire, de la possibilité d’échange avec les autres artistes. Comme je le disais, j’adore les cadavres exquis : à mon sens, ils mélangent la complexité de s’adapter à l’autre tout en conservant son identité.

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Que prépares-tu pour ce printemps ?

Actuellement, je participe à une exposition collective, à la Strychnin Gallery à Berlin ; c’est un projet réalisé par Giovanni Cervi, pour la protection des baleines.
Et puis, à partir du 18 avril, je participerai à l’exposition « My Doll », à la Toast Gallery, à Paris, un projet initié par June Leeloo.
J’espère faire ma première exposition personnelle en septembre, mais rien n’est encore défini.
Je prépare également une adaptation caricaturale de l’Opéra des Gueux de Bertold Brecht et Kurt Weill. Il y aura un livre musical, illustré avec une artiste de Montpellier que j’apprécie beaucoup.
Ensuite, niveau technique, j’aimerais refaire des grands formats à base d’encre et acrylique. J’aimerais aussi faire de la gravure, même si c’est un désir qui coûte cher. Cette envie, je l’ai eue en voyant les folios de deux artistes dont j’aime bien le travail : Caroline Surry et Anne Van der Linden.

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comoseta.carbonmade.com
www.toastgallery.com
www.strychnin.com

Interview André Sanchez

5 Comment

  1. salut mec, bravo pour cette interview, c’est chouette de te lire sous cette forme…
    ptête on se croisera demain à toast, si je peux je viens, mais rien de sûr encore.
    à bientôt !

  2. very insight interview into the subconscious. I liked the the idea of a symbiotic connection with other aspects of the mind that could be viewed as mold. It put many things into perspective, the Comounaseta being a gateway towards transforming cultural units. It may do this by feeding off the inorganic concept of perfection or any other structure of control.

  3. jacote says: Répondre

    wahouuuuuuuuuuuu,, mais je ne connaissais pas mon cousin,, je suis très très fière de toi Greg,, bisous et surtout bonne continuation

  4. c’est presque aussi intéressant de te lire que de discuter avec toi, c’est dire l’intérêt de la chose ! Quant à ton boulot, tu sais déjà tout le bien que j’en pense !

  5. yo,

    que dire mise a part que tout est là ! Le fond , la forme et la manière ! je suis vraiment heureux de t’avoir comme « allcolite graphik « .
    becot !

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