Christophe Blanc

Christophe Blanc (rien à voir avec Michel et Laurent) est un illustrateur / réalisateur indépendant. Après des études aux beaux-arts de Toulouse, il fonde en 1998 D-tracks, un collectif de vidéo et d’art contemporain. En 2003, il s’installe à Paris, il est représenté par l’agence Creative Syndicate et réalise des films d’animations pour FIAT et COCA COLA. Parallèlement sous le nom de VALPARESS il développe un travail graphique trash et sombre à la fois, sur support papier (dessin, livre…) et dans des films d’animations. Il se fait alors remarqué par des groupes de rock comme LCD Soundsystem pour qui il réalisera plusieurs vidéos clip. Depuis 2004, on peut voir régulièrement ses films dans l’émission « Les films faits à la maison » sur Canal +.Aujourd’hui il vit et travail à Nîmes.
Sous cette présentation conventionnelle, se cache un véritable trublion de l’illustration et de l’animation. Christophe a répondu à quelques questions et joué franc-jeu sans langue de bois, à l’image de son crayonné frénétique et des idées toutes aussi énergiques.

Dis moi Christophe…
Ne te prendrais tu pas un peu pour notre « omniprésident » ? :
D-tracks, Valparess, Super, BD, clip, sketchbook, dessins, print, blog, communication, évènementiel, publicité… ? Comment fais-tu pour gérer toutes ces casquettes ?

Comme notre « omniprésident », je m’appuie avant tout sur une hygiène de vie irréprochable, un long jogging le matin une alimentation seine et équilibrée, jamais d’alcool et beaucoup de drogue, ou l’inverse. Sinon c’est surtout une façon de varier les plaisirs tout en faisant finalement toujours la même chose. Je n’aime pas l’idée de m’enfermer dans une pratique ou dans une catégorie (artiste, illustrateur, graphiste…) et je trouve très intéressant de pouvoir travailler (parfois en même temps) sur une publicité avec plein de contraintes, de réunions, de préparations, un gros budget et sur un fanzine obscur qui sera tiré à 100 exemplaires.
Souvent les projets se nourrissent les uns les autres, par exemple le premier dessin animé que j’ai fait c’était un film pour Coca Cola, le projet n’a pas était retenu mais ça m’a permis de tester l’animation et le dessin et juste après j’ai fait trois clips pour Gilles De la Tourette (un groupe de rock qui n’existe malheureusement plus) en dessin animé. Par ailleurs internet favorise cette impression de multiplicité et de schizophrénie.

C’est plus ou moins à cause d’une jeunesse « Marvel » que tu as choisi le dessin ?
D’ailleurs est-ce que Super n’est pas une forme de revanche ? (Voir le dessin de Super traînant Spidey et Batman : www.jesuissuper.fr)

Oui, j’ai toujours été un fan de comics et j’ai dessiné un gros paquet de types musclés avant de faire Super.
Plutôt qu’une revanche, Super est un hommage aux super-héros, pour moi c’est une sorte de synthèse ou de jus, si on prend à peu prés tous les super-héros et qu’on les presse très forts entre eux on devrait obtenir quelque chose comme Super… en tout cas se sera rouge…
A côté des super-héros, il y avait aussi les Cow-Boys. C’est bien aussi les Cow-Boys c’est un peu la même chose que les super-héros mais sur un cheval. En dessin, j’ai aussi été très marqué par Blutch, Pierre La police, par les travaux des éditions du Dernier Cri et bien d’autres encore. Je m’inspire énormément de beaucoup de dessinateurs et j’aime beaucoup changer de style. Ce qui est intéressant en illustration ou en publicité, c’est quand on peut essayer des choses vers lesquelles on irait pas tout seul.

Tu sembles attacher beaucoup d’importance au dessin abstrait, est-ce un défouloir ou une source d’inspiration ?

C’est un défouloir, mais c’est surtout une mise au point par rapport au dessin, une réflexion sur le geste et l’acte du dessin. Le principe c’est d’enlever le sujet pour ne plus avoir que le trait et n’obtenir que la matière. C’est à la fois très libre parce que sans contrainte, sans schéma, sans intention, sans narration et à la fois très tendu parce qu’il faut arriver à ce que le dessin soit équilibré sur la feuille et dans son format. Parfois c’est aussi simplement une gymnastique de la main, on en revient toujours au jogging…

D’après toi, qu’est-ce qui attire tes clients dans ton travail ? Comment le perçois-tu et quel est son utilisation idéale ?

Je n’ai pas eu une multitude de clients pour en tirer vraiment un schémas, mais dans les mots qui sortent régulièrement il y a : fraîcheur, trash, contre-pied… Je pense que ça répond à peu près à ta question. Lorsque l’on m’appelle sur un projet c’est pour amener quelque chose d’un peu décalé, d’un peu rock’n’roll (vu les travaux que je fais je trouve ça normal) par contre cela limite sûrement mon champ d’action dans la publicité car ce serait très étonnant – bien que très décalé – que l’on me contacte pour vendre de la lessive ou du parfum, quoi que j’ai bien fait une campagne pour des voitures… Ce qui attire aussi c’est le côté « fait main » et stylo bic qui tranche avec des images plus lisses auxquelles on n’est plus habitué.

Pour l’animation, le logiciel Flash a dû changer beaucoup de choses pour toi… est-ce que cela a également développé ta créativité ?

« Flash », kezako ? Je ne travaille pas du tout sur Flash. Pour exemple, le site « www.jesuissuper.fr » est fait sur Flash (par Loïc Godin : www.tryon-design.com, merci encore !) mais pas les films. Pour les films je travaille sur Aura, l’ancêtre de TV Paint, c’est un logiciel d’animation 2D. En gros sur TV paint, on travaille en approche bitmap alors que sur Flash on travaille en vecteurs. Disons que sur Aura on travaille beaucoup à la main (tablette graphique) et ça se voit. En tout cas ce logiciel m’a énormément apporté, il détermine carrément le style d’animation et de dessin que l’on trouve dans mes films.

« Artistes, créateurs, je vous aime » Dixit Nicolas Sarkozy. C’est une phrase qui en dit long… Je sais que tu es très attaché à l’image du Président (voir blog). Que penses-tu de sa position par rapport à l’art et quel bilan pourrais-tu tirer de l’art actuel dans notre pays ?

La position de Nicolas Sarkosy est toujours la même sur tous les sujets « lui derrière et nous devant »… (Merci pour la perche!)
En fait je ne m’intéresse que de loin aux déclarations présidentielles. Le blog Sarkozyzy c’est un peu un hommage rendu, « rendons à César… », une façon de dire « chapeau bas » monsieur le Président…mon engagement ne va pas beaucoup plus loin que le bout de sa bite (cf. blog vite : valparess.over-blog.com).
Sur l’art et la culture je n’ai pas trop écouté ce qu’il disait, mais je dirais que l’art actuel dans notre pays : çà va mieux, il y’a eu des périodes où c’était pire mais là c’est bien, l’art contemporain est stable, la sculpture est montée de 0,2%, la peinture a atteint sa vitesse de croisière de 130 km/h et le spectacle vivant rafle toutes les subventions, salauds ! (ndlr : Humour !!!)

Parles-nous de tes projets à long et moyen termes… Quel est ton rêve le plus fou ?

Les projets actuellement, c’est une exposition à Nîmes en mars à la galerie « Bienvenue à bord ». C’est aussi une installation multimédia « samp(l)ing/samp(l)ong » que nous venons juste de terminer avec Jean François Oliver et que nous espérons pouvoir faire tourner all over the world. C’est aussi développer la série « je suis super » et notamment trouver des partenaires prêts à mettre des fonds dedans sans trop poser de questions ! C’est aussi faire des figurines articulées de Super et des slips avec imprimés dessus « j’aime mon bras vengeur »… Et beaucoup d’autre chose encore…
Mon rêve le plus fou ? … ce serait d’avoir 16 ans et d’être un fille, çà doit être super extrême…

Interview André Sanchez

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