Chloé Poizat

Récemment, dans les couloirs du métro parisien, on pouvait tomber nez à nez sur une superbe affiche pour le Théâtre DES BOUFFES DU NORD. Une affiche signée Chloé Poizat. Son travail est reconnaissable entre tous : peintures, gravures curieuses, couleurs surprenantes, personnages extravagants, animaux fantastiques…
Le tout nous plonge directement dans un monde étrange et fascinant, tant par sa représentation complexe que par la singularité du propos. Chloé n’est pas une novice en matière d’illustrations ; elle a réalisé de multiples commandes pour la presse et l’édition. (cf : www.chloepoizat.com). Mais hormis quelques informations succinctes, on en savait malheureusement assez peu sur cette artiste dont l’œuvre est considérable. Nos questions sauront-elles réparer ce tort ?

Tu as étudié la gravure aux Beaux-Arts d’Orléans et cela se ressent. Les collages, les aplats de couleurs… On sent ton attirance pour la géométrie ! Parle-nous de l’évolution de ton style… Tu dessines depuis longtemps ?

J’ai fait beaucoup de gravure et je continue d’en faire, malgré la pesanteur de mise en œuvre de cette technique. Par ailleurs et bien avant ça, j’ai eu une formation de dessin classique, très rigide, qui se retrouve sûrement dans la construction de mes images et une certaine obsession du détail.
J’essaie de faire en sorte que mon travail ne stagne pas, ne se fige pas, et mon travail personnel est essentiel pour y parvenir.

Il y a quelque chose de surréaliste et d’ironique dans ton travail, en plus d’une grande part de rêve.. Qu’est-ce qui t’inspire ? A qui te réfères-tu ?

Évidemment on me parle souvent de surréalisme à propos de mon travail, mais l’anthropomorphisme, par exemple, n’est pas né avec le surréalisme…
Ce qui m’intéresse dans l’ironie et l’humour en général, c’est cette capacité de ce ressort à déplacer le regard, à créer une double lecture dans l’image.
Je ne suis pas sûre qu’il faille savoir d’où vient l’inspiration ; c’est une vision, un grand magma.
Mes références sont très souvent littéraires ou cinématographiques, même indirectement, et d’un point de vue plastique les primitifs italiens sont « mon dada ».

Tête d’oiseau, chevelure plante, tes personnages ont souvent une identité altérée. Qui sont-ils ? Les éléments naturels, végétaux, animaux, sont très présent au fil des planches.. d’où viennent-ils ?

De l’histoire de l’humanité, de l’Antiquité et du lien évident que nous avons avec le Tout.

Peux-tu nous dire de quelle façon tu travailles… Au quotidien, ou as-tu des phases de production ?

Je ne suis pas une grande productrice, j’ai besoin d’idées pour faire. Faire sans idée me paraît vain. C’est un processus de maturation, d’infusion, je suis donc assez lente au travail.

La première fois que j’ai vu tes illustrations, c’était dans Le Monde. Quelles sont les enjeux entre travailler pour un quotidien national et une maison comme les Éditions du Rouergue ?

Pour la presse, et en particulier pour un quotidien, le temps de création est très court. Il faut donc réagir vite, trouver la meilleure idée possible et qu’elle soit réalisable « rapidement ».
Pour l’édition, le temps est plus distendu mais souvent trop court car l’exigence d’un livre n’est pas celle d’une image furtive créée pour la presse.

Quelle l’importance donnes-tu à l’évolution des technologies, à internet (à ton site par exemple), mais aussi aux logiciels d’animations… As-tu déjà pensé à développer ton travail dans cette voie ?

Je viens de faire la refonte totale de mon site. C’est un très bon outil de communication à condition qu’il soit facile à mettre à jour et qu’il soit bien pensé…
Je fais un peu d‘animation ; c’est un aspect que je veux approfondir.

Ton travail a une dimension onirique. As-tu déjà travaillé pour la mode ou le textile ? Si non, est ce que cela t’intéresserait ?

Pourquoi pas, tout dépend du projet et surtout du degré de liberté qui me serait accordé.

En regardant ton travail, je fais un parallèle avec celui d’Olaf Hajek, un autre illustrateur que j’aime beaucoup. Qu’en penses-tu ? Es-tu sensible à ce qui se fait actuellement en illustration ?

Je ne connaissais pas le travail de Olaf Hajek, mis à part une ou deux images.
On peut y voir un lien, comme on peut voir un lien avec Max Ernst, Jacques Prévert et bien d’autres.
Je ne me suis jamais attardée sur l’illustration, mon regard se tourne toujours du côté des artistes contemporains ou non qui « m’enseignent » quelque chose.
L’illustration est la plupart du temps un travail très contraint, et il est rare qu’une commande coïncide avec le temps et l’envie de l’auteur. C’est un arrangement avec le temps, l’image, et soi.

En ce moment le Musée d’Art Moderne expose De Chirico. Quel regard portes-tu sur son œuvre ?

C’est un peintre que j’aime. Lorsque je regarde son œuvre entière, je me dis qu’il a fait preuve d’ironie, à répéter, à refaire son succès pictural de la période dite «métaphysique». Et de courage aussi, lorsque dans les années 60 il prend le risque du peintre décalé d’avec son temps, peignant comme on ne peint plus à cette époque sinon dans les ateliers du dimanche ! Ça me plaît.

Enfin, quels sont tes futurs projets ?

Mourir, très probablement !

www.chloepoizat.com
www.galerie-martine-gossieaux.com

Interview par Juliette Teste et André Sanchez

1 Comment

  1. Bonjour Chloé , je voulais vous dire que je trouve votre travail extraordinaire . J’ai acheté deux livres illustrés par vous et je ne cesse de les regarder,nous sommes dans un monde irréel , onirique, qui me rappelle lmon enfance … pourquoi ?,je ne sais pas … Je suis artiste peintre aussi et je trouve normal que vous puissiez voir aussi ce que je fais …Je vous donne mon mail pour que vous puissiez me répondre si vou en avez envie . Claire

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