BUNKe

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Collectif composé de Thibault et Mihai. Ils répondent aux questions de Laure, autour d’une conversation.

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Laure : Pouvez-vous présenter BUNKe et quelle est la place de chacun de vous deux ?

Thibault : BUNKe est une collaboration qui a débuté à l’ESAD (École Supérieure d’Arts Décoratifs) de Strasbourg.
Mihai : On a commencé à bosser ensemble pendant l’été 2004, on a réalisé la vidéo FREON, c’est notre premier travail collaboratif, et elle a été pas mal appréciée.
Mihai : C’est une suite de paysages et personnages parasités, par des objets monstrueux (la plupart de ces objets sont virtuels).
Thibault : L’idée avec BUNKe c’est de conjuguer nos pratiques : Mihai grand marabout de la 3d et des effets, et pour ma part l’image et le son.
Mihai : Oui, les « rôles » sont plutôt distribués comme ça, bien qu’on se mêle chacun dans la « discipline » de l’autre, c’est à dire que Thibault peut toucher aux effets et moi à la prise de vue ce qui est important je pense c’est qu’on a tendance tous les deux à créer des univers monstrueux et des terreurs diffuses, ce qui fait que l’univers final est assez cohérent.
Thibault : Il ne faut pas oublier que nous avons tous les deux commencé à dessiner beaucoup et quand nous nous sommes rencontrés, nous étions dans une période de multiplication des médiums créatifs et donc des nouvelles technologies.
Mihai : Oui, on part tous les deux des médiums traditionnels (dessin/peinture).
Thibault : Je crois que le dessin est une base indispensable pour nos créations.

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Laure : Que veux dire le mot BUNKe ?

Thibault : Ça ne veut pas dire grand chose, à part le fait que ça vienne du mot bunker, un peu une métaphore de notre façon de travailler en autarcie et coupé du monde.
Mihai : Le « bunker », est une référence assez claire à l’idée de terreur et renfermement, mais on l’a stylisé graphiquement, puis c’est assez simple.

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Laure : Dans les vidéos, d’autres titres apparaissent, tel iridium, sarin etc. C’est le même rapport avec la terreur ?

Mihai : Ça c’est plutôt mes travaux perso, avec BUNKe c’est pas tout à fait pareil.

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Laure : Difficile au bout du compte de savoir qu’elle est la place de tes travaux perso.

Mihai : pour que ça soit très clair, mes travaux photos ne comportent pas de photo et dans BUNKe la photo devient le medium principal.
Laure : Et FREON ?
Mihai : Fréon est signée avec nos deux noms, on ne s’appelait pas BUNKe à l’époque c’est pour ça qu’il y a des confusions c’est le point de départ de BUNKe, nos dernières collaborations sont presque exclusivement de la photo, puis dans mon travail perso, ça parle beaucoup plus de l’idée de « poison ».
Thibault : Fréon, c’est une terreur diffuse, c’est peut être moins inquiétant que le travail de Mihai. Il y peut être un côté plus surréaliste. Les projets à venir de BUNKe vont se balader sur différents médiums : photo, animation, vidéo…

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Laure : dans vos travaux, il y a une confrontation assez évidente entre le monde naturel et le monde urbain, est ce que c’est de cela que vient « le danger » ?

Mihai : C’est assez dur de trancher cette question, puisque dans BUNKe, l’urbain est parasité par l’animal et le végétal (et l’inverse).
Thibault : Il n y a pas réellement de danger, l’atmosphère est lourde, et la perception de notre quotidien est simplement perturbé.
Mihai : On tend vers une sorte de mélange monstrueux des deux, sans que le « danger » soit signifié clairement, oui c’est une perception modifiée et inquiétante, on travaille beaucoup sur l’atmosphère mais on ne donne pas d’explication sur les origines de ces atmosphères.
Thibault : Il est vrai que les univers urbains denses, aliénant sont une source d’inspiration sans fin. On y vit, on y travaille, on s’en protège en les transgressant.

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Laure: Les maisons, la nature se transforment, ou sont envahies par des prolongations d’animaux préhistoriques ?

Thibault : Oui, ça fait parti des transgressions. C’est à la fois des recherches sur notre environnement urbain et la façon dont on le revisite. La 3d permet toutes les excentricités et les leurres. L’immeuble devient un mastodonte de béton belliqueux.
Mihai : Il y a une sorte d’anachronisme extrême, entre l’architecture contemporaine et des apparitions archaïques, tribus urbaines, confrontations abstraites, parades nuptiales…
Thibault : Cicatrices, protubérances.

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Laure: Tout à l’air silencieux et plein de solitude…

Mihai : Il s’agit d’une dimension sculpturale, mais en même temps,  » FREON  » est bien bruyant.
Thibault : L’humain devient un « objet sculptural ».
Mihai : C’est une monumentalité qui est plutôt propice à une contemplation, c’est en rapport avec le silence aussi et des bâtiments malades ou clonés.
Thibault : Notre travail joue aussi sur les échelles. Il y a des mondes dans notre monde.

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Laure : Même si FREON est bruyant, il n’y a pas de communication verbale.

Mihai : Si, à la fin, mais c’est plutôt de l’ordre du monologue.
Thibault : FREON, est avant tout contemplatif.
Mihai : On n’est pas trop à la recherche de la narration, tous les deux.
Thibault : La narration se fait par analogie ou par discordance.

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Laure : Qu’est ce que les nouvelles technologies ont apporté à votre collaboration ? On en a un peu parlé tout à l’heure.

Mihai : Beaucoup de choses. Avec les nouvelles technologies, surtout la 3d on peut faire apparaître n’importe quel objet dans n’importe quel décors ce qui permet de transformer en image tous nos « fantasmes ».
Thibault : Un grand choix de pratique, une abyme. C’est un outil malléable.
Mihai : Puis il y a la vidéo aussi, elle est accessible à tout le monde (ou presque).
Thibault : C’est le côté ouverture immédiate sur le monde. Générer des flux, chercher, c’est une travail d’archéologue finalement, on trouve, on essaye…

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Laure : Ces instruments sont totalement incontournables pour vous ?

Thibault : À l’heure actuelle évidemment. Pourquoi s’en priver, faut en abuser, c’est tous les jours la révolution.
Mihai : Pour notre travail avec BUNKe je pense que oui, après je pense aussi qu’on pourrait faire des choses intéressantes sans eux, mais pour l’instant on a envie d’y aller à fond dans les nouvelles technologies puis on expérimente beaucoup, je trouve que c’est très important, on utilise ces nouvelles technologies d’une façon assez inhabituelle, on se permet de détourner les fonctions habituelles de ces outils, c’est à dire qu’on peut aller des choses très trash aux choses très haut de gamme sans complexes.
Thibault : C’est le côté savant fou. Tu peux utiliser 1% des capacités d’un logiciel pour faire des trucs déments et tu peux traiter tes images avec d’autres soft. L’important c’est de faire sa propre CUISINE. Un ordinateur c’est un laboratoire.
Mihai : Alors que d’habitude avec ces outils on a tendance à faire les choses « à la carte » tandis que nous n’avons pas peur d’utiliser un outil pour quelque chose qui n’était pas prévue à son écriture.

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Laure : Et au sujet d’Internet, est ce que ça vous de ce moyen de diffusion de vos travaux ?
Et comment ?

Mihai : De plus en plus je pense, pour l’instant on a nos sites, puis il y a le Myspace dont je m’en occupe particulièrement.
Thibault : En tous cas pour diffuser à moindre frais c’est le top. Tu n’existes sur Internet que par les flux que tu peux générer, c’est une course sans fin. C’est en tout cas une « vitrine » indispensable.
Mihai : Mais ce qui est important c’est qu’on a été contacté par des gens qui voulaient diffuser nos travaux. Justement je viens de mettre des versions intégrales de « FREON » et « Orcaille » sur Youtube. C’est pour ça qu’on veut faire le site de BUNKe qui devrait être à la fois un site de présentation mais qu’il ait un coté expérimental à la fois à la limite du net art en gros.
Thibault : Oui, le site va nous permettre d’expérimenter et de donner à voir des choses régulièrement. Et puis servir à clarifier les choses sur le collectif BUNKe.

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Laure : Mihai quel sont tes projets actuels ?

Mihai : Pour ma part mes projets en ce moment sont :
une expo à Berlin, vernissage le 22 novembre à Art Claims Impulse. Une expo et une soirée de présentation en Roumanie, au Centre Culturel Francais de Timisoara. Et une participation à une expo au Grand Palais à Paris « Dans la nuit, des images », à partir de 18 décembre.

http://www.mihaigrecu.org/
http://thibe.gleize.free.fr/

1 Comment

  1. lubi says: Répondre

    Salut,
    J’ai juste un petit problème d’ordre rhétorique avec la présentation de cet article 😉
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mise_en_abime

    Cordialement.

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