Axel Dupeux

Web-Culture Axel Dupeux

Son 6×6 en bandoulière entres Europe et Amérique Axel Dupeux, est à 26 ans seulement, un photographe au regard subtil et mature. Résident tantôt à Paris tantôt à New-York, Axel compte déjà une estimable expérience professionnelle outre-atlantique. Consulté par des agences et la presse magazine internationale pour des commandes éditoriales des photos de mode ou corporate, Axel compose avec inspiration des univers comme des portraits et à l’art de donner vie aux lieux dépeuplés et fige avec une intuition perçante, les personnalités. Ses photos révèlent le visage polymorphe de notre civilisation à travers des ambiances tantôt rock n’roll, tantôt silencieuses où la présence humaine se manifeste par des infrastructures ou simplemnt par des objets du quotidien. Axel Dupeux, un style brut et esthétique entre road-movie, reportage et art du portait vivant. Let’s go !

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Tu as ton blog http://axeldupeux.wordpress.com/ et ton site http://www.axeldupeux.com
Est-ce que l’usage du média internet t’a ouvert des portes ?

Je suis fasciné par la manière dont internet répand notre travail et facilite les échanges (ne serait-ce que cette interview). Ce support m’a effectivement permis d’être mis en contact avec quelques magazines étrangers quand j’étais à Paris et d’autres, européens, depuis que je suis installé à New-York. Mais ce qui est surtout beaucoup plus facile grâce au web, c’est de pouvoir envoyer un portfolio, consultable en permanence et qui peut être mis à jour instantanément. De toute façon, ici, pour les photographes de mon âge on ne te donne jamais un rendez-vous sans avoir vu au préalable ton travail en ligne.

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Ces échanges via le net t’ont-ils permis de faire des parutions dans ces magazines finalement ?

D’une manière générale Internet fait partie à un moment ou un autre du processus professionnel. Que ce soit pour avoir un premier contact ou réaliser des parutions à l’international. En tout cas, il permet de faire voir son travail. Cela dit, Internet ne remplace pas tout. Quand les « photo editors » aiment un travail, ils demandent systématiquement de leur faire porter le book papier.

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Comment es-tu arrivé à la photographie et te souviens tu de ton premier clic ?

C’est une conjonction de chose. Ma mère était directrice artistique dans la pub, et mon père est avocat spécialisé dans le droit l’image. Donc il y avait beaucoup de livres d’art à la maison et c’est surtout par Man Ray que je suis arrivé à la photographie. Pour la petite histoire, quand j’étais assez jeune, mon père a défendu un antiquaire qui avait vendu des faux Man Ray et de ce fait, il avait ramené à la maison, plusieurs livres de cet artiste qui m’ont marqués. Il y avait notamment des choses assez ludiques, surtout les « ready mades ». J’ai commencé à photographier vers mes 14 ans. Puis, j’ai fait une école de photo qui s’appelle Speos. L’école m’a surtout permis de maîtriser les technologies d’imagerie numérique.

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Louis Pion, Men’s Vogue,Oyster Magazine, Resource Magazine, Vente-privee.com, Masterfood, Pixie Market… Aujourd’hui, tu as de belles références dans ton book comment peux-tu résumer ton parcours ?

Oh la la ! Je crois que j’ai eu pas mal de chance d’une manière générale.
D’abord d’avoir des parents ouverts qui m’ont vraiment soutenu au début et puis après j’ai trouvé mes marques assez vite pour être à l’aise dans mon travail.

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Travailles-tu avec un agent ?

Non, je n’en ai plus ! Alors à bon entendeur…

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Avais-tu une première expérience avant d’aller à New-York et que t’a apporté de travailler dans cette ville ?

New-York je l’a fait en plusieurs fois. J’y suis parti un an en 2005, et j’y suis retourné en février dernier. Au début, j’y étais allé en néophyte même si je travaillais déjà comme photographe depuis 3 ans en France (pour des magazines et des agences de communication et j’enseignais aussi le tirage photo dans une école). J’avais fait des photos de mode pour quelques magazines et puis pas mal de portraits corporates… Puis, j’ai décide d’arrêter la mode et de me concentrer sur le portrait.

En arrivant à NY, il faut dire que j’ai pris une grosse claque mais heureusement, j’ai aussi fait d’intéressantes rencontres professionnelles, comme celle d’Eve Therond (NDLR. anciennement rédactrice en chef du magazine Whitewall) qui a décidée de me donner ma chance, alors qu’il y avait déjà de grands noms qui travaillaient chez Whitwall. À l’époque, c’était la première fois que je sentais que l’on considérait mon travail. J’ai pu me roder au professionnalisme des grosses prods’ américaines et tout cela m’appris à faire preuve de beaucoup d’intransigeance dans l’editing.

En rentrant de New-York ma carrière a vraiment commencé car avec des photos publiées sur plusieurs pages, en pleines-pages dans des magazines intéressants et une vraie direction artistique, j’ai eu le sentiment d’avoir pris un peu de bouteille, ce qui m’a permis de pouvoir mieux me vendre et de démarcher les agences sur Paris avec un book plus solide. J’ai donc travaillé par la suite en France en réalisant beaucoup de portraits pour la presse et des commandes plus commerciales. On peut donc dire que cette première expérience New-Yorquaise a été professionnellement déterminante pour moi. »

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En regardant tes photos j’ai intuitivement entendu des fonds sonores. Parfois des sons très rocks (pour certains portrait en noir et blanc) et à d’autres moments, des mélodies très cinématographiques (comme pour la série dans le désert du Nouveau Mexique).

Ce n’est pas faux ! J’écoute beaucoup de musique depuis assez jeune (j’ai d’ailleurs essayé de m’y mettre mais, contrairement à la photo, j’ai trouvé ça techniquement très compliqué). Je crois que ce sont les pochettes de disques qui ont en partie conditionné mon travail en format carré. Puis, avec l’arrivée du numérique, j’ai dû m’adapter en passant au plan très large. Les photos du désert au Nouveau Mexique c’était la première fois que je partais en voyage avec un numérique et là j’ai un peu découvre le format horizontal.

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Quel est ton appareil photo de prédilection ? Celui que tu emporterais s’il fallait partir précipitamment…

Mon Hasselblad c’est ma Rolls. C’est l’appareil idéal, il oblige a choisir un point de vue, à réfléchir, savoir ce qu’on a envie de « dire », mettre du sens, alors qu’avec le numérique on tire un peu dans le tas et on voit après.

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Pour en revenir à ton goût particulier pour le portrait, comment abordes-tu ce thème ?

Je l’aborde de manière assez instinctive. Il faut que le portrait ressemble à la personne que je connais, que j’ai rencontrée, à l’impression que j’ai eue. Quoi qu’il en soit, c’est toujours une rencontre avec un lieu ou quelqu’un, voir les deux. J’estime aussi que les paysages sont des portraits dans la mesure ou je photographie toujours des endroits transformés par l’humain. Quand je shoot un portrait, parce qu’en l’occurrence c’est effectivement ça qui me plaît, j’estime que l’on est dans une démarche de journaliste. Il faut réfléchir aux éléments objectifs qui reflètent la personnalité ou à sa fonction et inclure les éléments subjectifs : ce que tu penses de la personne de ses idées, voir l’endroit, le cadre, la lumière qui vont relier ta photo a l’ensemble du travail du photographe. Pour prendre un exemple, il y a une photo troublante qui représente très bien ça pour moi, c’est le portrait de Jean-Marie Le Pen par Helmut Newton. Newton – qui a quitté l’Allemagne à 20 ans, sans jamais revoir sa famille et à qui on commande le portrait de Le Pen – a fait un superbe portrait parce qu’objectivement c’est je pense, la meilleure photos qui existe de Le Pen et en même temps la photo par sa mise en scène est terrifiante, moqueuse, presque méprisante.

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Et les lieux ? Les vois-tu comme des scènes, des théâtres de vie ?

En effet, le cadre s’impose a moi. A un moment donné, à un endroit donné je sens qu’il y a une photo. Je suis dans une démarche assez documentaire que j’essaye de faire sur une tonalité personnelle,
Dans le cas de « Slaughterhouse » (ndr. un abattoir de poulets) et de « Inner city school » (ndr. un établissement scolaire), mon sujet, c’est surtout l’infrastructure. Paradoxalement, j’y vois beaucoup d’« humanité » car ce qui m’intéresse c’est de montrer la manière dont on crée un environnement.
Pour l’abattoir par exemple, au risque d’être dérangeant, quand je l’ai vu, je me suis dit que c’était le reflet palpable d’une technologie mise en places par l’humain.

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Slaughterhouse était un projet personnel ou une commande particulière ?

Au début, la série Slaughterhouse était un projet personnel même si elle est née d’une commande sur l’artiste Alfredo Martinez que j’avais faite pour un magazine a NY. Le studio d’Alfredo était complètement fou et il m’avait dit que c’était un ancien abattoir ! Ensuite, en rentrant a Paris j’ai aidé un copain à déménager et il s’est trouvé que l’abattoir de Slaughterhouse était a côté du garde meuble a Gennevilliers. Il y avait des poulets sur le trottoir dans des caisses qui attendaient leur sort, là ça a fait tilt !
Pour la série sur l’école ça faisait très longtemps que cela me travaillait. C’est une série qui est en développement d’ailleurs…

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Quels sont les sujets, univers, thématiques qui t’inspirent le plus ?

Les gens surtout. J’aime bien rencontrer toutes sortes des gens et ces rencontres peuvent être surprenantes. Il y a par exemple eu des sessions photo des rockers qui ne m’ont pas vraiment amusées alors que des portraits « corporate » m’ont amusé. Pour les photos d’endroits, c’est plus des découvertes, je marche beaucoup… Mais je n’ai pas de préférences précises. D’autre part, je fais systématiquement des photos des lieux (quand je suis chez les gens ou dans leur studios).

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Ton travail est peuplé de personnages et de tes amis qui posent avec beaucoup de naturel.
Comment parviens-tu à rendre tes « modèles » à l’aise devant l’objectif ?

Bizarrement je met les gens assez mal à l’aise. Je ne peux pas parler et photographier en même temps. Je place souvent les gens à la main, j’oriente leur visage, leurs épaules…

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Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

J’ai plein de projets personnels mais c’est un peu conditionné par les commandes. Je fais des portraits pour la presse – Whitewall toujours – pas mal de corporate, mais perso je m’intéresse maintenant aux chambres funéraires et puis a l’Amérique aussi… (j’ai eu ma carte verte aujourd’hui hourra !)

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Penses-tu rester à New York et y as tu un réseau professionnel intéressant ?

Oui, sur le moyen terme. Je suis fasciné par cette ville. J’y ai un bon réseau de contacts mais en ce moment le problème, c’est qu’il à tendance a se faire licencier du fait de a crise…

Y a t’il un photographe qui t’a récemment marqué ?

Il y en a plein ! J’ai été marqué par des gens comme Todd Hido, Lane Coder, Lucinda Devlin, Friederike von Rauch, Richard Dumas, Danny Clinch. Mais d’une manière plus générale, Anton Corbjin et Diane Arbus sont de grandes influences.

Interview An’Yes Wronski

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